Université de Béjaïa : un doctorant dénonce un “abus de pouvoir” et une “atteinte grave aux libertés académiques”

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Béjaïa, 24 novembre 2025.
Dans une déclaration publique rendue ce lundi, Samir Larabi, doctorant en sociologie à l’Université Abderrahmane Mira de Béjaïa, rompt un long silence et accuse ouvertement l’administration rectorale d’avoir bloqué illégalement sa soutenance de doctorat pendant plus de deux ans.

Selon lui, les principaux responsables seraient l’actuel recteur de l’université (B.A.) et le vice-recteur chargé de la post-graduation (K.I.), qu’il accuse d’acharnement, de censure et de “dérives bureaucratiques graves”.


Un blocage de 29 mois : un cas jamais vu

Samir Larabi affirme avoir déposé sa thèse le 8 juin 2023 via la plateforme PROGRES. Depuis, aucun calendrier de soutenance ne lui aurait été communiqué, malgré :

  • trois validations successives du Conseil scientifique de la faculté des sciences humaines et sociales (CSF),
  • l’accord de son encadrant,
  • la conformité de sa thèse aux procédures pédagogiques et scientifiques.

« C’est du jamais vu dans l’histoire universitaire en Algérie ou ailleurs », écrit-il, dénonçant des pratiques qui dépassent, selon lui, la simple négligence administrative.


Des accusations de censure et de mensonges institutionnels

Le doctorant affirme que l’administration rectorale a :

  • censuré sa thèse,
  • refusé de fournir des réponses écrites à ses multiples demandes,
  • invoqué de faux arguments juridiques,
  • et « distillé des mensonges » en prétendant que des “services de sécurité” auraient émis des réserves sur le contenu de son travail.

Larabi affirme :

« Ces services n’ont produit aucun rapport. C’est un pur mensonge. »

Il estime que ce recours aux institutions sécuritaires vise à le stigmatiser, créer un climat de peur, et justifier une atteinte manifeste aux libertés académiques.


Une thèse jugée “sensible” car elle déconstruit un savoir néocolonial

Selon le PV du Conseil scientifique de l’université (CSU), qui a finalement “décrété” l’interdiction de sa soutenance le 29 mai 2025, sa thèse serait :

  • “d’un caractère sensible”,
  • et “contraire aux valeurs de la Constitution algérienne, notamment l’article 9”.

Pour Larabi, ces arguments sont « fantaisistes », « creux » et scientifiquement infondés.
Il rappelle que :

  • 99 % des membres du CSU ne sont pas sociologues,
  • aucun d’entre eux n’a lu sa thèse,
  • le CSU n’a pas compétence pour statuer sur les soutenances de doctorat.

Son travail, affirme-t-il, déconstruit un savoir “néocolonialiste” sur l’Algérie et particulièrement sur la Kabylie, ce qui pourrait expliquer les résistances institutionnelles.


Un doctorant poussé à censurer sa propre thèse

Malgré son opposition, Larabi dit avoir accepté, “la mort dans l’âme”, de censurer sa thèse à la demande du rectorat :

  • suppression de chapitres,
  • modification de l’intitulé,
  • multiples rectificatifs.

Pourtant, malgré toutes ces concessions, l’administration aurait continué à bloquer le dossier, prétextant que le vice-recteur était “occupé”.

« Rien ne justifie de prendre en otage un travail scientifique de plus de cinq ans », dénonce-t-il.


Le ministère alerté… et l’acharnement s’accentue

Après avoir saisi le ministère de l’Enseignement supérieur pour dénoncer ces abus, Larabi affirme avoir subi un acharnement encore plus fort.

Le recteur aurait alors sollicité le CSU pour interdire formellement sa soutenance, en dehors de tout cadre légal.

« Le futur des doctorants est devenu un jeu de ping-pong », écrit-il.


“Ils jouent à la roulette russe”

À bout de recours, Samir Larabi publie aujourd’hui son témoignage, qu’il qualifie de “modeste texte”, mais qui jette une lumière crue sur des pratiques qu’il estime dangereuses pour l’avenir des libertés académiques en Algérie.

Il conclut :

« Leur arrogance les a longtemps aveuglés. Ils ne savent pas qu’ils jouent à la roulette russe en voulant m’humilier davantage. »

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