Tunisie : Sihem Bensedrine condamnée à 25 ans de prison

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La défenseure tunisienne des droits humains Sihem Bensedrine, ancienne présidente de l’Instance vérité et dignité (IVD), a annoncé avoir été condamnée à 25 ans de prison dans plusieurs affaires liées à son rôle au sein de l’institution chargée de faire la lumière sur les violations commises sous les régimes de Habib Bourguiba et de Zine El-Abidine Ben Ali.

Figure historique de l’opposition démocratique et de la lutte pour les libertés en Tunisie, Sihem Bensedrine dénonce une condamnation qu’elle considère comme politique. Selon elle, cette décision s’inscrit dans une volonté d’effacer l’héritage de la justice transitionnelle et de remettre en cause le travail accompli par l’IVD.

Créée à la suite de la révolution de 2011, l’Instance vérité et dignité avait pour mission d’enquêter sur des décennies de répression, de corruption et d’abus commis par l’État. Au cours de son mandat, elle a recueilli les témoignages de près de 50 000 victimes présumées et transmis 173 dossiers à la justice. Son rapport final, publié en 2020, appelait à démanteler les mécanismes ayant permis la perpétuation de la corruption, de l’autoritarisme et des violations des droits fondamentaux.

Les poursuites engagées contre Sihem Bensedrine portent notamment sur des accusations de falsification d’une partie du rapport final de l’IVD, des faits qu’elle conteste.

Cette condamnation intervient dans un contexte de vives inquiétudes concernant l’état des libertés publiques en Tunisie. Depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed en juillet 2021, de nombreuses organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains dénoncent un recul de l’État de droit, marqué par la multiplication des poursuites contre les opposants, les journalistes, les magistrats et les acteurs de la société civile.

Pour les défenseurs des droits humains, le sort réservé à Sihem Bensedrine dépasse son cas personnel. Il symbolise les tensions qui entourent aujourd’hui la mémoire des violations passées et l’avenir de la justice transitionnelle dans le pays qui fut le berceau du Printemps arabe.

Source : France 24, RFI

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