Tunisie : le procès de Saadia Mosbah, symbole d’un rétrécissement alarmant des libertés associatives

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La cour d’appel de Tunis doit se prononcer aujourd’hui sur le sort de Saadia Mosbah, figure emblématique de la lutte contre le racisme en Tunisie. Condamnée en première instance à huit ans de prison pour des accusations de blanchiment d’argent et d’enrichissement illicite, la présidente de l’association Mnemty est devenue, pour de nombreux observateurs, le symbole d’une offensive plus large menée contre la société civile indépendante.

Depuis son arrestation en mai 2024, la militante est maintenue en détention dans une affaire que ses soutiens qualifient de politique. À ses côtés, cinq autres membres ou soutiens de l’association ont également été condamnés à des peines de prison et à de lourdes amendes. Leur procès en appel intervient dans un climat de tensions croissantes entre les autorités tunisiennes et les organisations engagées dans la défense des droits humains.

Au-delà des accusations portées contre les responsables de Mnemty, c’est la place même de l’engagement associatif qui se trouve aujourd’hui au cœur des débats. Plusieurs défenseurs des droits humains dénoncent une instrumentalisation de la justice visant à fragiliser les organisations considérées comme critiques à l’égard du pouvoir. Les éléments présentés au cours de l’enquête n’auraient pas permis d’établir l’existence de financements illicites, tandis que les poursuites pour « enrichissement illicite » reposeraient sur une interprétation contestée de la législation en vigueur.

L’affaire revêt également une dimension particulière en raison du parcours de Saadia Mosbah. Militante noire tunisienne, elle s’est imposée comme l’une des principales voix dénonçant les discriminations raciales dans le pays. Son association Mnemty a notamment documenté les violences et les discriminations subies par les personnes noires tunisiennes et les migrants originaires d’Afrique subsaharienne.

Des préoccupations ont également été exprimées concernant les conditions de détention de la militante. Des allégations de violences et de traitements discriminatoires ont été rapportées, sans qu’une enquête indépendante n’ait, selon ses soutiens, permis d’en établir les responsabilités.

L’audience du 19 juin est perçue comme un moment décisif. Au-delà du sort judiciaire de Saadia Mosbah et de ses collègues, elle constitue un test pour l’indépendance de la justice tunisienne et pour le respect des libertés fondamentales dans le pays.

Alors que les procédures visant plusieurs organisations se multiplient et que Mnemty fait elle-même l’objet d’une demande de dissolution, la décision attendue pourrait envoyer un signal fort quant à l’avenir de l’espace civique tunisien.

Source : Amnesty International

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