Tunisie : la mort d’Ali Kassem Kassab relance les critiques sur les prisons tunisiennes

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La mort en détention de l’homme d’affaires et ingénieur libanais Ali Kassem Kassab, à la prison civile de la Mornaguia, près de Tunis, soulève de graves interrogations sur les conditions de détention en Tunisie et sur la responsabilité de l’État envers les personnes privées de liberté.

Marié à une Tunisienne, Kassab était arrivé en Tunisie pour passer ses vacances d’été avant d’être arrêté, selon plusieurs informations rapportées, dans le cadre d’une affaire liée à son inscription sur une liste américaine visant des hommes d’affaires libanais accusés de soutenir la résistance et de s’opposer à l’occupation israélienne. Il aurait passé près de deux mois en détention avant de mourir.

Les circonstances précises de son décès restent à établir. Des informations rapportées par Moez Haj Mansour évoquent toutefois une mort survenue dans un contexte de fortes chaleurs, de pénuries d’eau et de prise en charge médicale insuffisante, avec notamment l’hypothèse d’une déshydratation. Ces éléments doivent impérativement être vérifiés par une enquête indépendante et transparente.

Une mort qui intervient dans un contexte carcéral alarmant

Le cas de Kassab ne peut être examiné isolément. Fin août, alors que les températures ont atteint près de 49 °C dans certaines régions de Tunisie, plusieurs décès et malaises ont été signalés dans différents établissements pénitentiaires.

La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme a notamment fait état de plusieurs décès à Monastir et dans le Grand Tunis, tandis que d’autres cas ont été rapportés à Gafsa, Mahdia et Mornaguia. Les causes médicales doivent être déterminées pour chaque décès, mais leur multiplication pendant une période de chaleur extrême appelle une réponse urgente des autorités.

La crise est également structurelle. Selon les chiffres relayés par la société civile, la population carcérale tunisienne serait passée d’environ 23 000 détenus en 2022 à plus de 33 000 en 2025, alors que la capacité officielle des prisons serait proche de 17 000 places. La prison de Mornaguia ferait partie des établissements connaissant une très forte surpopulation (200% de taux d’occupation).

Dans de telles conditions, la chaleur, le manque d’eau, la mauvaise ventilation et l’accès insuffisant aux soins peuvent transformer la détention en danger pour la vie et la santé.

L’État doit rendre des comptes

Une personne détenue se trouve entièrement sous la responsabilité de l’administration. Elle ne peut ni quitter sa cellule lorsque les températures deviennent dangereuses, ni accéder librement à de l’eau, à des médicaments ou à un médecin.

L’OMCT a par ailleurs documenté 13 décès jugés suspects entre mai 2025 et avril 2026, dans des dossiers comportant notamment des allégations de négligence médicale ou de violences. Sans être des faits judiciairement établis, elles justifient des investigations indépendantes. La transparence est d’autant plus importante que les organisations de défense des droits humains dénoncent les difficultés d’accès aux établissements pénitentiaires. Sans contrôle extérieur effectif, il devient difficile de vérifier les conditions dans lesquelles vivent les détenus.

Une enquête indépendante est indispensable

La mort d’Ali Kassem Kassab doit donc faire l’objet d’une enquête indépendante, impartiale et transparente, permettant notamment de déterminer les causes médicales exactes du décès, les conditions de sa détention, l’accès dont il disposait à l’eau et aux soins et les éventuelles responsabilités individuelles ou institutionnelles.

Plus largement, les autorités tunisiennes doivent garantir à toutes les personnes détenues des conditions compatibles avec leur dignité et leur droit à la vie et à la santé. Priver quelqu’un de liberté ne signifie jamais le priver de ses droits fondamentaux. Les décès dans les prisons tunisiennes ne doivent pas être traités comme une fatalité liée à la canicule. Ils doivent être documentés, enquêtés et, lorsque des fautes sont établies, donner lieu à des responsabilités.

La famille d’Ali Kassem Kassab, comme toutes les familles confrontées à un décès en détention, a droit à la vérité et à la justice.

Sources : Directinfo, Rassd Tunisie, Riposte Internationale.

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