La Cour de cassation tunisienne examine ce jeudi 3 septembre le recours dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État », qui concerne 34 personnalités de l’opposition, avocats et hommes d’affaires. Il s’agit du dernier recours judiciaire après des condamnations particulièrement lourdes prononcées en appel en novembre 2025.
Le dossier avait initialement concerné 37 personnes. En appel, les peines étaient allées jusqu’à 45 ans de prison, tandis que plusieurs condamnations avaient été réduites et trois acquittements prononcés.
Parmi les principales réductions, la peine de l’opposant Ahmed Néjib Chebbi était passée de 18 à 12 ans, celle de l’ancien ministre Noureddine Bhiri de 43 à 20 ans et celle de Ridha Charfeddine de 16 à 2 ans. L’homme d’affaires Kamel Letaief avait, lui, écopé de la peine la plus lourde, soit 37 ans de prison en appel. Pour certains accusés jugés en fuite, des peines de 33 ans avaient été maintenues.
Une défense préparée dans l’urgence
L’audience suscite de vives inquiétudes chez les avocats des condamnés. Haifa Chebbi, avocate de plusieurs détenus et fille d’Ahmed Néjib Chebbi, affirme avoir été informée de la date de l’audience seulement quelques jours auparavant.
« On a été prévenu le lundi pour le jeudi », déplore-t-elle, estimant que ce délai n’a pas permis à la défense de rencontrer suffisamment les détenus et de préparer efficacement les recours.
Les familles se montrent également pessimistes. Youssef Chaouachi, fils de l’opposant Ghazi Chaouachi, condamné à 20 ans de prison, estime que la Cour de cassation pourrait confirmer les décisions rendues en appel.
La société civile réclame un procès équitable
La Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) a appelé, le 1er septembre, la Cour de cassation à faire de cette audience une occasion de « rendre justice » aux accusés. Elle demande notamment le respect des droits de la défense et un délai suffisant pour préparer les recours.
La LTDH considère les personnes poursuivies comme des « prisonniers politiques » et dénonce l’utilisation de la justice contre l’opposition. Elle affirme également que les conditions de détention, notamment la prise en charge sanitaire en prison, rendent leur maintien en détention particulièrement préoccupant.
Amnesty International a, de son côté, appelé à l’annulation des condamnations et à la libération des détenus. L’organisation estime que le procès collectif a été entaché de violations des garanties d’un procès équitable.
Au-delà du sort des 34 condamnés, l’audience de cassation constitue ainsi un test majeur pour l’indépendance de la justice tunisienne et le respect des libertés publiques dans un contexte de fortes tensions entre le pouvoir et l’opposition.
Source : RFI, Business News.