Tunisie : la condamnation en appel du journaliste Zied El-Heni renforce les inquiétudes sur la liberté de la presse

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La confirmation en appel de la condamnation du journaliste tunisien Zied El-Heni à une année de prison marque une nouvelle étape dans la dégradation du climat des libertés en Tunisie. Figure emblématique du paysage médiatique tunisien, connue pour son indépendance de ton et ses prises de position critiques à l’égard du pouvoir, le journaliste de 62 ans est poursuivi pour « atteinte à autrui » après avoir dénoncé le traitement réservé par la justice à plusieurs de ses confrères.

Le verdict, rendu tard dans la nuit par la cour d’appel de Tunis, a provoqué une vive émotion parmi les défenseurs de la liberté de la presse. Pour les proches de Zied El-Heni, cette décision ne constitue malheureusement pas une surprise, mais s’inscrit dans une série de procédures visant les journalistes critiques depuis plusieurs années.

Sa fille, Ithar El-Heni, dénonce un « acharnement judiciaire » destiné, selon elle, à faire taire les voix indépendantes. « Cette confirmation en appel est une preuve supplémentaire de la volonté du pouvoir de réduire au silence ceux qui refusent de renoncer à leur liberté de parole », affirme-t-elle.

Cette affaire ne constitue d’ailleurs pas le seul front judiciaire auquel Zied El-Heni est confronté. Le 10 juin dernier, un nouveau mandat de dépôt a été émis contre lui ainsi que contre un ancien ministre de la Culture dans une affaire d’« abus de pouvoir » remontant à la période où le journaliste exerçait des fonctions de conseiller municipal après la révolution de 2011. Une procédure distincte qui pourrait donner lieu à un nouveau procès dans les prochains mois.

Journaliste engagé de longue date, Zied El-Heni n’en est pas à son premier affrontement avec les autorités. Déjà connu pour son opposition aux dérives autoritaires avant la révolution tunisienne, il avait également été condamné en 2024 à six mois de prison avec sursis dans une autre affaire. Malgré cette succession de poursuites, ses proches assurent qu’il demeure fidèle à ses convictions.

« Il reste debout, combatif et inébranlable », confie sa fille, qui affirme que ni les conditions de détention ni les pressions judiciaires n’entameront sa détermination à défendre la liberté d’expression.

On relève également une multiplication des procédures fondées sur le décret-loi 54 relatif à la lutte contre les fausses informations et les infractions commises par voie électronique. Ce texte, présenté par les autorités comme un outil de lutte contre la désinformation, est critiqué par de nombreuses organisations qui estiment qu’il sert de plus en plus à poursuivre des journalistes, des militants et des citoyens exprimant des opinions critiques.

L’affaire Zied El-Heni illustre un rétrécissement progressif de l’espace médiatique tunisien. Dans un pays longtemps considéré comme l’une des principales réussites démocratiques issues du Printemps arabe, la succession de condamnations visant des journalistes alimente les craintes d’un retour durable à un climat où l’exercice du journalisme indépendant devient de plus en plus risqué.

Source : RFI

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