Le tribunal criminel d’appel d’Alger, relevant de la Cour d’Alger, a rendu son verdict dans l’affaire concernant Tadjadit Mohamed, figure emblématique du mouvement populaire algérien, connu sous le nom de « poète du Hirak ». L’artiste et militant a été condamné à une peine de trois (03) ans de prison, dont deux (02) ans de prison ferme et un (01) an avec sursis, assortie d’une amende ferme de 100 000 dinars algériens.
En plus de la peine pénale, Tadjadit Mohamed a également été condamné au civil à verser la somme de 200 000 dinars algériens à l’Agent judiciaire du Trésor (AJT) à titre de réparation.
Six chefs d’accusation retenus
Tadjadit Mohamed était poursuivi dans le cadre d’un dossier particulièrement lourd, comprenant pas moins de six chefs d’accusation, qualifiés de crimes et délits par l’accusation :
Crime d’apologie des actes terroristes et destructeurs
Crime d’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour soutenir les actes et activités d’entités terroristes
Crime de propagation, directe ou indirecte, des idées d’entités terroristes
Délit d’outrage à corps constitué
Délit d’exposition au regard du public de publications de nature à porter atteinte à l’intérêt national
Délit d’incitation à un attroupement non armé
Ces poursuites s’appuient notamment sur les articles 100 alinéa 01, 146, 87 bis 12, 87 bis 04 et 96 du Code pénal algérien, des dispositions régulièrement dénoncées par les défenseurs des droits humains pour leur usage extensif contre les militants politiques et les voix critiques.
Des réquisitions lourdes du ministère public
Lors de l’audience, le représentant du ministère public avait requis une peine nettement plus sévère, demandant sept (07) ans de réclusion à l’encontre de Tadjadit Mohamed, ainsi qu’une amende ferme de 200 000 dinars.
De son côté, le représentant du Trésor public avait formulé une demande de réparation civile d’un montant de deux (02) millions de dinars, une somme finalement largement revue à la baisse par la juridiction.
Une condamnation qui suscite l’indignation
Si la peine prononcée reste inférieure aux réquisitions du parquet, la condamnation de Tadjadit Mohamed continue de susciter une vive indignation parmi ses soutiens, les militants du Hirak et les organisations de défense des libertés. Le poète est principalement connu pour ses textes satiriques et engagés, diffusés sur les réseaux sociaux et lors des manifestations pacifiques, devenant au fil des années l’une des voix symboliques de la contestation populaire.
Pour de nombreux observateurs, cette affaire illustre une nouvelle fois la judiciarisation de l’expression politique et artistique en Algérie, dans un contexte où plusieurs militants, journalistes et créateurs continuent de faire face à des poursuites lourdes pour des faits liés à l’expression pacifique de leurs opinions.