La philosophie est-elle en train d’être sacrifiée dans l’école algérienne ? En réduisant drastiquement son enseignement dans plusieurs filières et en la supprimant de l’examen du baccalauréat, le ministère de l’Éducation nationale provoque une vive polémique. Pour de nombreux enseignants et spécialistes, cette réforme ne constitue pas un simple réaménagement des programmes, mais une remise en cause d’une discipline essentielle au développement de l’esprit critique. En réaction, l’Association algérienne des études philosophiques a publié une lettre ouverte de l’inspecteur national de l’Éducation à la retraite Hamidi Oublil, appelant à un vaste débat national sur l’avenir de la philosophie dans le système éducatif. Voici le texte de cette lettre :
L’Association algérienne des études philosophiques a publié, sur sa page des réseaux sociaux, une lettre ouverte rédigée par Hamidi Oublil, inspecteur national de l’Éducation à la retraite, adressée au ministre de l’Éducation nationale ainsi qu’à tous les décideurs concernés. Il y appelle à l’ouverture d’un large débat national sur la place de la philosophie dans le système éducatif, à la suite de la décision d’enseigner la philosophie en deuxième année du secondaire pour certaines filières tout en la supprimant de l’examen du baccalauréat.
L’auteur de la lettre souligne que la philosophie n’est pas une simple matière scolaire, mais un domaine essentiel à la formation de l’être humain et au développement de l’esprit critique. Selon lui, toute modification de son statut dans le système éducatif constitue un choix de civilisation qui doit reposer sur une philosophie de l’éducation clairement définie ainsi que sur les résultats de la recherche en sciences de l’éducation.
Il précise que sa démarche ne vise ni à défendre un privilège professionnel ni à s’opposer à la réforme, mais qu’elle est motivée par la conviction que toute réforme authentique doit s’appuyer sur des bases scientifiques. Il estime que le problème ne réside pas dans la philosophie elle-même, mais dans certaines pratiques pédagogiques, telles que la prolifération des dissertations toutes faites et la prédominance de la mémorisation au détriment de la réflexion philosophique. Il appelle ainsi à une réforme didactique englobant la formation des enseignants, les manuels scolaires, les méthodes d’enseignement et les modalités d’évaluation.
L’auteur rappelle également que les théories contemporaines de l’apprentissage établissent un lien étroit entre la motivation des élèves et la place accordée à une matière dans le système d’évaluation. À ses yeux, enseigner une discipline sans qu’elle figure à l’examen national envoie un message qui en diminue l’importance, ce qui influence négativement la perception qu’en ont les élèves ainsi que leur motivation.
La lettre souligne en outre que les tendances internationales vont vers le renforcement de l’enseignement de la philosophie, considérée comme une école de la citoyenneté, du dialogue et de la pensée critique. Dans le même temps, les universités introduisent de plus en plus des enseignements consacrés à l’éthique de l’intelligence artificielle, à la philosophie des sciences et à la pensée critique.
Le texte aborde également les liens entre la philosophie et l’intelligence artificielle. Il affirme que, face aux progrès technologiques, ce qui distingue l’être humain est sa capacité à poser des questions, à exercer un regard critique, à porter un jugement moral et à distinguer le vrai de la désinformation, autant de compétences dont la philosophie constitue l’une des principales sources.
L’auteur propose enfin une vision alternative de la réforme, fondée sur un enseignement progressif des compétences de la pensée philosophique, le maintien de la philosophie comme matière fondamentale à l’examen du baccalauréat pour toutes les filières, la révision de la nature des épreuves du baccalauréat, le renforcement de la formation des enseignants et des inspecteurs, ainsi qu’une meilleure articulation de la philosophie avec les questions liées à la science, à la technologie, à l’environnement, à l’intelligence artificielle et à la citoyenneté.
En conclusion, il appelle au lancement d’ateliers nationaux afin de repenser la place de la philosophie dans le système éducatif. Il propose également de transformer cette lettre en un projet complet, structuré en chapitres documentés et appuyé sur des références aux travaux de plusieurs penseurs ainsi qu’à des documents nationaux et internationaux de référence, afin qu’il puisse servir d’ouvrage de référence pour les chercheurs, les décideurs, les inspecteurs, les enseignants et les médias dans les débats sur l’avenir de la philosophie à l’école algérienne.
Source : الأحداث الجزائرية.