Portrait : Merzoug Touati, le parcours d’un journaliste confronté à près d’une décennie de poursuites, de répression et d’injustices

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Journaliste indépendant, blogueur et défenseur des droits humains, Merzoug Touati est confronté depuis 2017 à une succession d’arrestations, de détentions et de procédures judiciaires en lien avec ses publications et ses prises de position. Fondateur du média en ligne El Hogra, il est progressivement devenu l’un des visages de la répression visant les voix critiques en Algérie. De sa première incarcération à ses allégations de torture en 2024, son parcours raconte aussi les conséquences humaines et familiales d’un harcèlement judiciaire qui dure depuis près d’une décennie.

Du journalisme à la création d’El Hogra

Installé à Béjaïa, Merzoug Touati est titulaire de plusieurs diplômes universitaires, notamment dans les domaines de la banque et du commerce international. Confronté au chômage malgré sa formation, il exerce différents emplois avant de s’orienter vers le journalisme.

Il fonde en 2015 le site d’information El Hogra (http://hogra.com/) y traite de questions politiques et sociales, des droits humains et de sujets sensibles liés à l’actualité algérienne. Les réseaux sociaux deviennent également pour lui un espace privilégié de publication et d’expression. Cette activité journalistique et militante va progressivement l’exposer à une succession de poursuites.

2017 : le début d’un long parcours judiciaire

Merzoug Touati est arrêté en janvier 2017 après avoir notamment publié un entretien vidéo avec un ancien porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères. Il est poursuivi pour plusieurs infractions particulièrement lourdes. Après plus d’une année de détention, il est condamné en mai 2018 à dix ans de prison ferme. En appel, sa peine est ramenée à sept ans.

L’affaire suscite une importante mobilisation. Des militants, des journalistes et des comités de soutien réclament sa libération. Sa famille est également particulièrement présente. Sa mère, qui lui rend régulièrement visite en prison, remercie publiquement celles et ceux qui se mobilisent pour son fils et appelle à poursuivre les actions en sa faveur.

La situation évolue lorsque la Cour suprême casse la décision ayant condamné Merzoug Touati à sept ans de prison et ordonne que l’affaire soit rejugée devant une autre juridiction.

En mars 2019, après plus de deux années passées derrière les barreaux, il est finalement condamné à cinq ans d’emprisonnement, dont deux ans ferme, permettant sa remise en liberté compte tenu de la durée de sa détention. Cette libération ne marque cependant pas la fin de ses démêlés avec la justice.

Arrestations et poursuites à répétition

Après sa sortie de prison, Merzoug Touati poursuit ses activités et participe notamment à la dynamique du Hirak. Il est de nouveau interpellé en juin 2020 à Béjaïa, dans le contexte d’une manifestation.

En décembre 2021, il est une nouvelle fois arrêté, cette fois après avoir dénoncé la situation d’un autre détenu, Mohamed Baba Nadjar, et ses conditions d’incarcération.

Le 3 janvier 2022, le tribunal de Ghardaïa le condamne à un an de prison ferme et 100 000 dinars d’amende, notamment pour « outrage à corps constitué » et « diffusion de fausses informations ».

Son affaire provoque alors une importante réaction de la société civile. Trente-cinq organisations algériennes et internationales saisissent des mécanismes des Nations unies ainsi que la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Parmi elles figurent notamment le Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA), la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).

Pour ces organisations, la détention de Merzoug Touati est directement liée à l’exercice de ses libertés d’opinion et d’expression. Elles inscrivent son cas dans un contexte plus large de pressions exercées sur les journalistes, avocats et acteurs de la société civile depuis le début du Hirak, en février 2019.

La grève de la faim de 2022

Transféré à la prison de Laghouat, loin de sa famille installée dans la région de Béjaïa, Merzoug Touati entame le 29 mars 2022 une grève de la faim afin de protester contre ses conditions de détention et son éloignement.

Quelques jours plus tard, son épouse, Nfissa, alerte publiquement sur la dégradation de son état de santé après lui avoir rendu visite en prison. Elle décrit un homme extrêmement affaibli, ayant des difficultés à se tenir debout et à parler.

Selon son témoignage, Merzoug Touati ne bénéficiait alors pas d’un suivi médical adapté à sa grève de la faim et souffrait notamment de troubles gastriques. Son épouse dénonce également ses conditions de détention et affirme que la direction de l’établissement pénitentiaire niait l’existence même de la grève.

La situation devient suffisamment préoccupante pour conduire à son hospitalisation en urgence à Laghouat. Il est ensuite transféré à la prison de Bouira.

Les organisations mobilisées autour de son cas alertent alors sur les conséquences potentiellement dramatiques de telles conditions de détention et réclament sa libération ainsi que la cessation du harcèlement visant les journalistes.

Août 2024 : arrestation et graves allégations de torture

Le 1er août 2024, Merzoug Touati est une nouvelle fois arrêté et placé en garde à vue.

Il est poursuivi notamment pour « entrave au vote par la diffusion de fausses informations », « atteinte à corps constitué », « atteinte à l’image du président de la République », « diffusion de fausses informations » et « atteinte à l’intérêt national ».

Ces accusations sont essentiellement liées à ses publications sur El Hogra et les réseaux sociaux, ainsi qu’à ses interventions sur la chaîne de télévision El Magharibia, diffusant depuis Londres. Cette nouvelle procédure prend cependant une dimension particulièrement grave lorsque Merzoug Touati affirme avoir été torturé pendant sa garde à vue dans les locaux de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI).

Selon son témoignage, rapporté par Riposte Internationale, il aurait reçu des coups de bâton, de poing et de pied, ainsi que des gifles, alors qu’il était menotté. Il affirme également avoir subi des insultes et des menaces visant sa famille. Il soutient enfin avoir été contraint, sous les violences et les menaces, de signer trois procès-verbaux contenant des déclarations qu’il conteste, sans avoir pu préalablement les lire.

Une plainte classée sans suite

Le 12 août 2024, Merzoug Touati dépose une plainte concernant les tortures qu’il affirme avoir subies pendant sa garde à vue.

La plainte est classée sans suite le 17 octobre, le parquet invoquant une absence de preuves. Riposte Internationale conteste la manière dont ces allégations ont été traitées et souligne que le journaliste affirmait avoir fourni des éléments, notamment médicaux, à l’appui de son récit.

Après avoir épuisé les démarches entreprises au niveau national, Merzoug Touati décide de saisir le Comité contre la torture des Nations unies.

Deux ans de prison en janvier 2025

Le 19 janvier 2025, le tribunal de Béjaïa condamne Merzoug Touati à deux ans de prison ferme et 50 000 dinars d’amende. Avant son procès, il avait été placé sous contrôle judiciaire, avec obligation de signature deux fois par semaine, tandis que son passeport lui avait été retiré.

Pour Riposte Internationale, cette nouvelle condamnation ne peut être dissociée de la succession de procédures dont il fait l’objet depuis 2017. L’organisation dénonce un acharnement judiciaire et rappelle que, derrière chaque nouvelle procédure, c’est également la vie professionnelle, personnelle et familiale du journaliste qui est affectée.

Son cas attire également l’attention de Mary Lawlor, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, qui exprime en janvier 2025 sa profonde préoccupation. Elle relève notamment les détentions répétées du journaliste depuis 2024 et les informations faisant état de tortures physiques et psychologiques lors de sa garde à vue.

Du recours national aux Nations unies

Faute d’avoir obtenu une réponse satisfaisante concernant ses allégations de torture devant les institutions algériennes, Merzoug Touati porte son dossier devant le Comité contre la torture des Nations unies.

En juin 2025, le Comité interpelle les autorités algériennes et leur demande de présenter leurs observations sur l’affaire. Des garanties contre d’éventuelles représailles sont également demandées pendant l’examen de son dossier. Cette démarche internationale prolonge une mobilisation qui accompagne Merzoug Touati depuis plusieurs années. Sa famille, des comités de soutien, des journalistes et de nombreuses organisations algériennes et internationales ont successivement alerté sur son sort.

Un journaliste devenu symbole d’une répression persistante

Le parcours de Merzoug Touati ne peut être résumé à une condamnation ou à une seule période de détention. Depuis 2017, sa vie est rythmée par les arrestations, les procès, les condamnations, les transferts pénitentiaires et les restrictions imposées à sa liberté.

Les qualifications pénales ont changé au fil des années, mais ses publications, ses activités journalistiques et l’expression de ses opinions occupent régulièrement une place centrale dans les poursuites. Son histoire montre également la dimension profondément humaine de la répression. Derrière les dossiers judiciaires se trouvent un journaliste, une épouse, une mère et une famille confrontés pendant des années à l’incertitude des arrestations et des incarcérations. Les témoignages de sa mère lors de sa première longue détention, puis les alertes lancées par son épouse durant sa grève de la faim en 2022, illustrent des conséquences qui dépassent largement la personne directement poursuivie.

Merzoug Touati est ainsi devenu l’un des visages de la lutte pour la liberté de la presse et d’expression en Algérie. Son parcours pose une question fondamentale : dans quelle mesure un journaliste peut-il enquêter, publier, dénoncer des abus et critiquer les autorités lorsque l’exercice répété de ces libertés l’expose à de nouvelles poursuites ?

Près d’une décennie après sa première arrestation, son cas illustre la fragilité persistante de l’espace accordé aux voix indépendantes en Algérie. Il rappelle surtout qu’une liberté reconnue par les textes ne devient effective que lorsque celles et ceux qui l’exercent peuvent le faire sans craindre l’arrestation, l’emprisonnement, les mauvais traitements ou les représailles.

Sources : Del Watan, Riposte Internationale.
Le 11.09.2026

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