Portrait de Mourad Aït Mimou : le parcours d’un journaliste indépendant algérien au cœur du débat sur la liberté de la presse

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Mourad Aït Mimou, également appelé Mourad Atmimou, est un journaliste et blogueur algérien originaire de Kabylie. Depuis plus d’une décennie, il exerce son métier dans des environnements médiatiques changeants : d’abord à la radio locale, puis à la télévision, avant de poursuivre son activité de manière indépendante sur les réseaux sociaux. Son parcours professionnel est marqué par une constante : donner une place à la parole citoyenne, notamment sur les questions politiques, sociales et culturelles qui traversent la Kabylie.

En juillet 2026, cette activité journalistique l’a conduit en détention. Poursuivi notamment pour « apologie d’une organisation terroriste », il se trouve désormais confronté à une procédure criminelle après la décision de la chambre d’accusation de la cour de Tizi-Ouzou de renvoyer son dossier devant le tribunal criminel.

Des débuts dans la radio locale

Mourad Atmimou commence son parcours journalistique en 2011 à la radio locale de Tizi-Ouzou, avant de rejoindre la télévision. Il devient ensuite l’un des visages de Dzaïr TV, où il anime en langue kabyle l’émission Tizi n Wassa-a. L’émission lui permet d’aborder des sujets de société et d’actualité et de recevoir des intervenants issus d’horizons parfois peu représentés dans les médias audiovisuels algériens. Il s’est notamment distingué par la présence sur son plateau de militants et de personnalités engagées dans la vie politique et culturelle kabyle.

Faire entendre des voix diverses et traiter de questions sensibles constitue l’un des fils conducteurs de son travail journalistique.

Un journaliste qui revendique son indépendance

Son parcours professionnel est également marqué par son refus de se laisser enfermer dans une logique de représentation politique ou syndicale. En août 2019, alors que Dzaïr TV traverse une période de fortes turbulences, Mourad Atmimou publie une déclaration dans laquelle il affirme notamment vouloir conserver son indépendance et refuse que d’autres parlent ou négocient en son nom. Il y définit alors sa conception du métier autour de deux principes : l’écoute et le service du citoyen.

Cette déclaration est importante pour comprendre la trajectoire ultérieure du journaliste. Elle montre que son rapport au journalisme ne se limite pas à l’exercice d’une fonction dans une rédaction : il revendique une autonomie personnelle et éditoriale. Après la disparition de Dzaïr TV, il poursuit donc son activité hors des structures audiovisuelles traditionnelles.

Des médias traditionnels aux réseaux sociaux

La fermeture de Dzaïr TV ne met, ainsi, pas fin à son activité journalistique. Mourad Atmimou investit progressivement les réseaux sociaux, notamment Facebook, où il poursuit ses commentaires sur l’actualité politique et sociale. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une organisation internationale indépendante qui défend la liberté de la presse et la sécurité des journalistes dans le monde, sa page Facebook compte aujourd’hui plus de 75 000 abonnés, ce qui fait de cet espace numérique le prolongement principal de son activité journalistique.

Ce passage de la télévision aux réseaux sociaux illustre aussi une transformation du paysage médiatique algérien. En effet, face à la réduction des espaces audiovisuels traditionnels, certains journalistes poursuivent leur travail directement auprès du public grâce aux plateformes numériques, leur permettant de publier des vidéos, commenter l’actualité et donner la parole à différents acteurs de la société.

Filmer, montrer et donner la parole : le début de l’affaire judiciaire

Cette dimension devient particulièrement importante dans l’affaire judiciaire qui le concerne en 2026. Les autorités algériennes ont notamment examiné ses publications sur les réseaux sociaux, dont certaines étaient critiques à l’égard des élections législatives du 2 juillet 2026. Le CPJ rapporte que son arrestation est intervenue dans ce contexte et que ses téléphones ont été saisis puis transmis au service central de lutte contre la cybercriminalité. Kabyle.com évoque également la diffusion par le journaliste d’images tournées au cours d’un rassemblement sur la tombe de Lounès Matoub, lors duquel des participants criaient des slogans hostiles au pouvoir, le 25 juin 2026. Selon ses proches, c’est cette diffusion qui pourrait expliquer les poursuites qui vont suivre.

Ces éléments doivent être distingués : les accusations portées contre le journaliste relèvent de la procédure judiciaire et ne constituent pas, en elles-mêmes, la preuve qu’il aurait commis les faits qui lui sont reprochés. C’est précisément cette distinction qui est essentielle dans une affaire concernant la liberté de la presse.

L’arrestation du 7 juillet 2026

Le 7 juillet 2026, Mourad Atmimou est interpellé alors qu’il se trouve dans un café à Tizi-Ouzou. Selon le CPJ, des agents en civil l’ont arrêté avant de le conduire au commissariat d’Azazga, à environ 30 kilomètres de Tizi-Ouzou. Ses téléphones sont saisis. Dans les premières heures qui suivent son arrestation, ses proches et ses confrères ne disposent pas d’informations claires sur son lieu de détention ni sur les motifs précis de son interpellation.

Cette absence initiale d’informations conduit plusieurs organisations à exprimer leur inquiétude concernant le respect des garanties procédurales. Riposte Internationale avait alors dénoncé ce qu’elle qualifiait d’« enlèvement », de « kidnapping d’État » et demandé que soient immédiatement communiqués le lieu de détention et les motifs de l’arrestation.

Le placement en détention et les accusations

Le 9 juillet 2026, le juge d’instruction près le tribunal d’Azazga ordonne le placement de Mourad Atmimou en détention provisoire. Il est alors poursuivi notamment pour « apologie du terrorisme » sur le fondement de l’article 87 bis du Code pénal algérien, pour « atteinte aux symboles de l’État » et pour diffusion d’idées susceptibles de susciter la haine au sein de la société sur le fondement de l’article 34 de la loi n° 20-05. Les poursuites pour « apologie du terrorisme » reposent sur une qualification rendue possible par l’élargissement de l’article 87 bis du code pénal, changé en 2021 sans qu’il n’y ait eu de débat public à ce sujet.

Une nouvelle étape : le renvoi devant le tribunal criminel

L’affaire connaît une nouvelle étape à la fin du mois d’août 2026. Après la clôture de l’instruction et la transmission du dossier au procureur général près la cour de Tizi-Ouzou, la chambre d’accusation examine le dossier lors de son audience du 31 août 2026.

Selon les informations rendues publiques par son avocate, Maître Yamina Alili, la juridiction décide de maintenir l’accusation d’« apologie d’une organisation terroriste » et de renvoyer Mourad Atmimou devant le tribunal criminel. Cette évolution transforme considérablement la nature de la procédure : l’affaire ne relève plus simplement d’une procédure correctionnelle mais est désormais orientée vers une juridiction criminelle.

La défense demande le respect des garanties d’un procès équitable et des droits de la défense. À ce stade, il convient de rappeler que Mourad Atmimou demeure présumé innocent tant qu’une décision judiciaire définitive n’a pas établi sa culpabilité.

Un parcours au cœur du débat sur la liberté de la presse

Le cas de Mourad Atmimou dépasse aujourd’hui sa situation personnelle. Son parcours permet d’observer, sur quinze années, l’évolution d’un journaliste qui a commencé dans un média local, travaillé à la télévision, puis poursuivi son activité sur Internet après la disparition de son principal outil de diffusion.

Il est ainsi passé d’un journalisme audiovisuel classique à une forme de journalisme numérique indépendant, directement connecté à son public. Cette évolution explique aussi pourquoi son affaire est suivie par plusieurs organisations internationales de défense de la liberté de la presse.

Une affaire emblématique de la protection des journalistes

Le cas de Mourad Atmimou pose une question fondamentale : jusqu’où les pouvoirs publics peuvent-ils aller dans la pénalisation de l’expression journalistique et politique sur les réseaux sociaux ? La lutte contre le terrorisme constitue une obligation légitime pour les États. Mais les qualifications liées au terrorisme doivent être distinguées de l’exercice pacifique de la liberté d’expression et du travail journalistique.

Dans le cas présent, la question centrale est donc de déterminer précisément la nature des faits reprochés au journaliste, leur contexte, les éléments de preuve produits par l’accusation et la manière dont les juridictions apprécieront la distinction entre expression journalistique, opinion politique et infraction pénale. Cette distinction est d’autant plus importante que la procédure concerne un professionnel des médias dont l’activité consiste précisément à filmer, commenter et diffuser des événements publics.

Mourad Atmimou, le combat d’un journaliste indépendant

Riposte Internationale salue l’action et le travail de Mourad Atmimou.

En septembre 2026, il se trouve toujours détenu et son dossier est orienté vers le tribunal criminel.

Pour Riposte Internationale, l’enjeu de l’affaire dépasse le cas d’Atmimou, et pose la question de la liberté de la presse en Algérie : les journalistes algériens ont moins de place pour exercer leur métier, documenter les évènements, interroger le pouvoir et donner la parole aux citoyens. Leur activité est trop souvent assimilée à une infraction criminelle, ce qui menace sérieusement la liberté de la presse dans le pays.

Le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) recense aujourd’hui 7 cas de journalistes détenus en Algérie pour le simple exercice de leur fonction. Riposte Internationale soutient leur combat : les journalistes doivent pouvoir exercer leur métier et publier leurs commentaires sans craindre arrestation ou représailles.

Riposte Internationale souhaite ainsi rendre hommage au parcours de Mourad Atmimou. Nous réclamons sa libération, et plus globalement un respect de la présomption d’innocence, du droit à la défense, à un procès équitable et la liberté de la presse en Algérie.

Sources : CPJ, Kabyle.com, Riposte Internationale.

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