Portrait de la semaine : Messaouda Cheballah

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Un parcours militant sous le poids du contrôle judiciaire

Le parcours de Messaouda Cheballah permet de mettre en lumière une forme de répression judiciaire qui ne passe pas nécessairement par l’incarcération, mais qui s’exerce dans la durée, à travers des mesures de surveillance et des restrictions à la liberté d’expression. Militante politique algérienne et ancienne membre des instances dirigeantes du Mouvement démocratique et social (MDS), dont les activités ont été suspendues par la justice, elle possède un engagement politique qui lui est propre. Si elle est également l’épouse de l’opposant politique Fethi Ghares, son parcours ne saurait toutefois être réduit à ce lien familial.

Son engagement militant remonte notamment aux années 2011 à 2013, lorsqu’elle participe au mouvement des chômeurs en Algérie, mobilisé autour du droit au travail et de la justice sociale. Elle s’investit également dans la défense des droits des travailleurs et dans l’action syndicale. En 2016, elle est licenciée de son emploi en raison de ses activités syndicales, un épisode marquant de son parcours qui illustre les difficultés auxquelles peuvent être confrontées les personnes engagées dans la défense des droits sociaux. Son militantisme s’inscrit ainsi dans une continuité, associant revendications sociales, défense des libertés syndicales et engagement politique.

C’est dans le contexte de la répression visant son époux que Messaouda Cheballah se retrouve elle-même confrontée à la justice. Le 29 août 2024, à la suite de l’interpellation de Fethi Ghares et de sa propre convocation, tous deux sont placés sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction du tribunal de Baïnem, à Bab El Oued. Cette mesure s’accompagne d’obligations particulièrement contraignantes : ils doivent se présenter au tribunal tous les quinze jours et se voient interdire toute publication sur les réseaux sociaux ainsi que toute prise de parole dans les médias. Ces restrictions interviennent quelques jours seulement avant l’élection présidentielle du 7 septembre 2024.

Messaouda Cheballah est alors poursuivie en qualité de complice pour les trois chefs d’accusation retenus contre Fethi Ghares : offense au président de la République, diffusion d’informations considérées comme susceptibles de porter atteinte à l’ordre public et propagation d’un discours de haine ou discriminatoire. Le 19 janvier 2025, elle est condamnée à six mois de prison avec sursis, à une amende de 100 000 dinars ainsi qu’au versement de 100 000 dinars de dommages et intérêts au titre de la réparation civile. La confiscation des téléphones saisis est également prononcée. En mai 2025, la Cour d’Alger confirme cette condamnation en appel.

Cependant, au-delà de cette condamnation, c’est surtout la durée des mesures judiciaires qui caractérise sa situation. En 2026, plusieurs informations font état du maintien de son contrôle judiciaire et de l’obligation de continuer à se présenter régulièrement devant les autorités judiciaires. Ainsi, alors même que la procédure a débuté près de deux ans auparavant, les contraintes qui l’accompagnent continuent de peser sur son quotidien.

Un autre épisode illustre particulièrement la portée de ces mesures. Le 20 février 2025, Messaouda Cheballah et Fethi Ghares sont interpellés à la sortie du tribunal de Baïnem, alors même qu’ils viennent d’accomplir les formalités liées à leur contrôle judiciaire. Cette interpellation, dont les conditions ont été dénoncées par leur organisation, montre que le simple fait de se soumettre aux obligations imposées par la justice ne les met pas à l’abri de nouvelles mesures de contrainte.

Son parcours illustre ainsi les effets d’un contrôle judiciaire qui, lorsqu’il se prolonge et s’accompagne de restrictions, dépasse largement le cadre d’une simple mesure procédurale. Sans être incarcérée, Messaouda Cheballah reste soumise à une surveillance régulière qui affecte directement sa liberté de mouvement, son expression publique et la poursuite de son engagement politique. Sa situation peut ainsi être rapprochée de ce que certains qualifient de « détention à ciel ouvert » : une liberté qui demeure reconnue en droit, mais dont l’exercice se trouve fortement limité dans les faits.

Le cas de Messaouda Cheballah montre enfin que la répression judiciaire ne concerne pas uniquement les opposants les plus visibles ou les personnes directement incarcérées. De son engagement dans le mouvement des chômeurs à son licenciement pour activités syndicales, puis aux poursuites judiciaires engagées contre elle, son parcours témoigne de plus d’une décennie de militantisme et de pressions successives. Son expérience illustre une forme de répression moins visible que l’emprisonnement, mais dont les conséquences sur la vie personnelle, professionnelle et politique peuvent être tout aussi importantes.

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