Fin août 2026, le chef d’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune a ordonné une révision du code pénal pour permettre l’exécution effective de la peine de mort, notamment contre les auteurs d’incendies volontaires. Cette décision rompt avec le moratoire de fait observé par l’Algérie depuis 1993, ainsi qu’avec son vote de 2007 en faveur d’un moratoire mondial à l’ONU.
En réaction, la Coalition Marocaine contre la peine de mort, avec six réseaux professionnels marocains (avocats, journalistes, enseignants, parlementaires, médecins, entrepreneurs), a publié le 31 août 2026 un communiqué exprimant sa solidarité avec les défenseurs des droits humains algériens et appelant Alger à revenir sur cette décision. Voici les sept réseaux professionnels contributeurs et le communiqué :
- Réseau des avocats et avocates contre la peine de mort
- Coalition Marocaine contre la peine de mort
- Réseau des femmes et des hommes de l’enseignement contre la peine de mort
- Réseau des parlementaires contre la peine de mort
- Réseau des entrepreneurs et entrepreneuses contre la peine de mort
- Réseau des journalistes contre la peine de mort
- Réseau des médecins et des médecins contre la peine de mort
« Le retour à l’exécution de la peine de mort en Algérie, une décision prise sous le coup de l’émotion politique. Une perte du droit à la vie pour quelque motif que ce soit, un appel au meurtre, à la vengeance et une atteinte aux droits humains
Dans une décision surprenante et grave, le président algérien a ordonné, dimanche dernier du mois de septembre courant, son ministre de la Justice de modifier le code pénal avant le 15 septembre de cette année, afin d’adopter la peine de mort et de l’appliquer contre les auteurs d’incendies criminels volontaires.
Il est connu que l’Algérie avait décidé depuis 1993 de suspendre l’exécution de la peine de mort dans les faits, tout en la maintenant dans sa législation, à l’instar de la Tunisie, de la Mauritanie et du Maroc dans la région maghrébine, et figurant parmi les pays qui n’y recourent pas alors qu’ils n’ont pas encore de texte législatif l’abolissant.
En 2007, l’Algérie avait voté en faveur de la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies appelant à un moratoire mondial sur l’exécution de la peine de mort, aux côtés du Hadj, du mouvement des droits humains et de la revendication d’abolition de la peine de mort au niveau mondial.
Et aujourd’hui, l’Algérie annonce au monde entier, par la voix de son président, revenir sur son engagement international de suspendre l’exécution de la peine de mort, et sa reprise dans le cadre du droit relatif aux dossiers de mise à feu volontaire, en lien avec sa position exprimée devant le monde en 2007 — ce qui constitue une violation flagrante du droit à la vie, et ouvre la voie à un appel au meurtre et à la vengeance dans le domaine de la politique pénale.
La Coalition Marocaine et les six réseaux marocains signataires, appelant à l’abolition de la peine de mort, expriment leur solidarité avec le mouvement des droits humains opposé à l’application de la peine de mort en Algérie, qui rejoint ses homologues en Tunisie, au Maroc et en Mauritanie, dans le cadre de la Coalition maghrébine pour l’abolition de la peine de mort. Ils considèrent que cette nouvelle position des autorités algériennes constitue un recul, sur les plans politique et juridique, par rapport à la position de suspension de l’exécution de la peine de mort adoptée depuis 2007, en contradiction avec le vote de l’Assemblée générale des Nations Unies auquel l’Algérie s’était ralliée.
Ceci intervient au moment où la Coalition internationale contre la peine de mort et l’Organisation mondiale contre la peine de mort attendent toutes deux, ainsi que la Coalition maghrébine pour l’abolition de la peine de mort, l’adhésion d’un troisième pays de la région qui aurait aboli la peine de mort dans la loi et dans les faits, ce qui se renouvelle chaque année dans le cadre de la position positive du Maroc quant à la suspension de l’exécution.
C’est ce qui a poussé la Coalition Marocaine et les réseaux marocains à poursuivre leurs efforts positivement, et cela a conduit le Maroc à voter en 2024, pour la première fois consécutivement, en faveur de la résolution internationale appelant à la suspension de l’exécution après deux ans d’abstention. Ils appellent à l’organisation du 11e congrès mondial contre la peine de mort au Maroc, et invitent, à cette occasion, les autorités algériennes à revoir leur décision, et à renouveler leur engagement au vote lors de l’Assemblée générale des Nations Unies qui se tiendra en décembre prochain de cette année, afin que le monde reste convaincu que la peine de mort et son exécution constituent un châtiment inhumain, une atteinte à la dignité humaine, non dissuasif, et que le jugement de mort peut entraîner une erreur difficile à réparer après l’exécution, et peut se fonder sur des témoignages fabriqués de manière malveillante, avec une intention et un dessein de haine, de vengeance ou de représailles.
Rabat, le 31 août 2026
Les signataires :
- Abdelrahim El Jamai, au nom de la Coalition Marocaine pour l’abolition de la peine de mort
- Zohra Sefrioui, au nom du Réseau des parlementaires contre la peine de mort
- Ali Ammar, au nom du Réseau des avocats et avocates contre la peine de mort
- Mustapha Iraqi, au nom du Réseau des journalistes contre la peine de mort
- Malika Ghiar, au nom du Réseau des femmes et des hommes de l’enseignement contre la peine de mort
- Nadia Bahjida, au nom du Réseau des entrepreneurs et entrepreneuses contre la peine de mort
- Dr Mohamed Nachnache, au nom du Réseau des médecins contre la peine de mort »