Maroc : la condamnation de Zineb El Kharroubi relance le débat sur la liberté d’expression et la répression des voix contestataires

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La condamnation de la militante marocaine Zineb El Kharroubi à six mois de prison avec sursis marque une nouvelle étape dans le durcissement du climat politique au Maroc. Prononcée le 29 juin par la justice marocaine, cette décision intervient plusieurs mois après son interpellation à l’aéroport de Marrakech et suscite de vives inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains, qui y voient un signal adressé à une jeunesse de plus en plus engagée dans la contestation sociale.

Âgée de 29 ans et installée en France, Zineb El Kharroubi est membre du collectif Gen Z 212 France, un mouvement né sur les réseaux sociaux dans le sillage des mobilisations qui ont secoué plusieurs villes marocaines à l’automne 2025. Les autorités lui reprochent des publications diffusées sur Instagram appelant à un rassemblement devant l’ambassade du Maroc à Paris. Poursuivie pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique », elle a également été condamnée à une amende de 5 000 dirhams.

Selon ses avocats, les faits qui lui sont reprochés relèvent exclusivement de l’exercice de la liberté d’expression et du droit de manifester. Ils rappellent que les publications incriminées concernaient un rassemblement organisé en France et contestent le fondement juridique des poursuites. À l’issue du procès, la défense a dénoncé une procédure à caractère politique destinée à sanctionner un engagement militant plutôt qu’une infraction pénale.

L’affaire trouve son origine dans la vague de contestation qui a émergé à l’automne 2025. Alimentées par le mécontentement face au coût de la vie, au chômage, aux difficultés d’accès aux soins, aux inégalités sociales et aux accusations de corruption, ces mobilisations ont été largement relayées sur les réseaux sociaux. Le collectif Gen Z 212 est rapidement devenu l’un des principaux espaces d’organisation de cette jeunesse mobilisée, fédérant des dizaines de milliers de participants autour de revendications portant sur la justice sociale, les services publics et les libertés fondamentales.

La diaspora marocaine a également joué un rôle important dans cette mobilisation en relayant les informations et en organisant des rassemblements de solidarité à l’étranger. C’est dans ce contexte que Zineb El Kharroubi s’est engagée depuis la France, participant à la diffusion des appels à manifester et au soutien des contestataires.

Son arrestation, le 12 février 2026, lors d’un déplacement familial à Marrakech, a été perçue par ses soutiens comme un tournant. Placée brièvement en garde à vue avant d’être remise en liberté sous contrôle judiciaire, elle a ensuite été poursuivie devant le tribunal. Plusieurs audiences ont été reportées au cours de la procédure, tandis que ses avocats dénonçaient des difficultés d’accès au dossier et aux procès-verbaux de l’enquête.

L’affaire Zineb El Kharroubi soulève également la question du traitement réservé aux militants de la diaspora. Cette condamnation envoie un message à celles et ceux qui poursuivent leur engagement depuis l’étranger, laissant entendre que leur activisme peut entraîner des conséquences judiciaires lors de leurs retours au Maroc.

Enfin, cette décision judiciaire ravive les interrogations sur l’avenir des libertés publiques dans le royaume. Alors que les revendications sociales continuent de traverser une partie de la jeunesse marocaine, plusieurs observateurs redoutent que la réponse privilégiée par les autorités demeure essentiellement sécuritaire et judiciaire, au risque d’accentuer la défiance entre les institutions et une génération qui réclame davantage de justice sociale, de transparence et de participation démocratique.

Source : Révolution permanente, Le Monde

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