Le journaliste marocain Ali Lmrabet a été remis en liberté ce mercredi 15 juillet, à l’issue de son audition devant le parquet près le tribunal correctionnel de Casablanca. Les autorités marocaines ont toutefois décidé de poursuivre l’enquête et de réaliser des expertises techniques complémentaires avant de déterminer les suites judiciaires de cette affaire.
Selon le communiqué du procureur du Roi, la décision de remise en liberté est intervenue après la consultation et l’étude de l’ensemble des pièces de la procédure ainsi que l’achèvement des investigations préliminaires. Les biens saisis lors de son interpellation, notamment deux ordinateurs, une clé de stockage et un téléphone portable, lui ont été restitués.
Ali Lmrabet avait été interpellé le 12 juillet à son arrivée à l’aéroport de Tanger, après plusieurs années passées en Espagne. Figure emblématique de la presse indépendante marocaine et connu pour ses positions critiques à l’égard des autorités, le journaliste faisait l’objet de plusieurs avis de recherche liés à la publication de contenus numériques.
Selon le parquet, il est soupçonné d’avoir publié des contenus comportant des « propos diffamatoires et calomnieux » visant des personnes, des institutions ainsi que des instances établies par la loi. L’enquête devra désormais déterminer les suites judiciaires qui seront données à ces accusations.
Son arrestation avait suscité de nombreuses réactions au sein des organisations de défense de la liberté de la presse et des droits humains. Reporters sans frontières (RSF) avait notamment exprimé son inquiétude, estimant que cette interpellation intervenait dans un contexte marqué par des pressions persistantes contre les journalistes indépendants au Maroc.
Son épouse, Laura Feliu, a salué la décision de remise en liberté tout en contestant le fondement de la procédure. Elle a déclaré :
« Nous estimons que le parquet a pris la décision qui s’imposait. Cette arrestation n’avait aucun fondement et est contraire au droit, y compris au droit marocain, compte tenu des circonstances dans lesquelles elle a été effectuée, notamment du fait que les faits qui lui sont reprochés auraient été commis en dehors du territoire marocain. Nous espérons à présent que ce dossier sera définitivement classé et qu’Ali pourra recouvrer pleinement sa liberté, ainsi qu’entrer et sortir du pays librement, comme tout autre citoyen marocain. »
Cette nouvelle affaire s’inscrit dans un parcours judiciaire marqué par plusieurs confrontations entre Ali Lmrabet et les autorités marocaines. En 2003, ses hebdomadaires Demain Magazine et Doumane avaient été interdits à la suite d’une condamnation pour « outrage au roi », qui lui avait valu trois années de prison avant une grâce royale en 2004. Entre 2005 et 2015, il avait également été interdit d’exercer le journalisme au Maroc à la suite d’une condamnation pour diffamation.
La remise en liberté d’Ali Lmrabet met fin à sa garde à vue mais ne clôt pas la procédure. Les investigations se poursuivent et les autorités marocaines devront décider, à l’issue de l’enquête, des éventuelles poursuites qui seront engagées. Cette affaire continue de susciter des interrogations sur la situation de la liberté de la presse au Maroc et sur le recours aux poursuites pénales contre les journalistes critiques.
Sources : Reporters sans frontières, Le Monde, Riposte Internationale, Le Matin d’Algérie.