La suspension pour deux mois de l’émission de libre antenne « Allô Kledu », l’une des plus suivies du Mali, marque une nouvelle étape dans le durcissement du régime de transition à l’égard des médias. Décidée par la Haute Autorité de la Communication (HAC), cette sanction intervient après la diffusion de témoignages d’auditeurs dénonçant la situation sécuritaire, économique et politique du pays.
Dans sa décision, la HAC reproche à l’animateur de ne pas avoir suffisamment encadré les interventions des auditeurs, estimant que certains propos étaient susceptibles de nourrir « la défiance envers les institutions publiques ». Une justification qui illustre, selon de nombreux observateurs, la volonté des autorités de réduire au silence toute critique de leur gouvernance.
Très populaire, « Allô Kledu » constituait l’un des rares espaces où les Maliens pouvaient exprimer librement leurs préoccupations. Ces derniers mois, les appels reflétaient un mécontentement grandissant face aux difficultés quotidiennes et à la gestion de la transition militaire. Pour le journaliste malien Malick Konaté, contraint à l’exil depuis près de quatre ans, cette suspension ne vise pas une émission, mais bien la parole citoyenne.
« Les autorités cherchent à faire taire toutes les voix dissidentes », dénonce-t-il. Selon lui, le discours officiel affirmant que la population soutient massivement le régime est désormais contredit par les nombreuses critiques exprimées sur les ondes. Le journaliste estime que cette décision traduit une inquiétude croissante et rappelle que plusieurs journalistes ont déjà été inquiétés pour avoir simplement recueilli l’opinion de citoyens lors de reportages de terrain.
Cette nouvelle restriction intervient à peine deux semaines après l’incarcération des journalistes Chahana Takiou et Abdrahamane Keita, renforçant les inquiétudes sur la dégradation continue de la liberté de la presse au Mali.
Depuis le coup d’État militaire d’août 2020, plusieurs médias nationaux et internationaux ont vu leurs activités suspendues ou fortement restreintes au Mali. Dans ce contexte, la fermeture temporaire d’« Allô Kledu » apparaît comme un nouvel épisode d’une stratégie plus large de contrôle de l’espace médiatique. Pour les défenseurs de la liberté de la presse, la réponse semble malheureusement s’éloigner chaque jour davantage.
Source : RFI, Reporters sans frontières