« Le syndicat officiel a perdu son rôle », dénonce Abdelkrim Mesis
Invité de l’émission « Droits et Libertés » diffusée sur la chaîne Afrique du Nord, Abdelkrim Mesis, syndicaliste et président du courant de redressement de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), a livré une analyse critique de l’état des libertés syndicales en Algérie. Son intervention intervient quelques jours après la publication du rapport annuel de la Confédération syndicale internationale (CSI), qui place l’Algérie parmi les pays où les violations des droits syndicaux demeurent préoccupantes.
Un rapport qui reflète une réalité de terrain
Pour Abdelkrim Mesis, les conclusions du rapport publié à Bruxelles ne sont pas surprenantes. Selon lui, elles traduisent une situation vécue quotidiennement par de nombreux syndicalistes algériens.
Il rappelle que plusieurs militants syndicaux ont été poursuivis devant les tribunaux, condamnés ou emprisonnés ces dernières années. À ses yeux, ces affaires témoignent d’un rétrécissement progressif de l’espace syndical et d’une remise en cause du droit des travailleurs à s’organiser librement.
Le syndicaliste a notamment évoqué le cas du syndicaliste Ammoura, condamné à une lourde peine de prison. Il regrette que cette affaire n’ait pas suscité une mobilisation plus forte de la part des structures syndicales nationales.
Des acquis sociaux, mais un recul des libertés
À l’occasion de la célébration du 1er Mai, Abdelkrim Mesis a tenu à rappeler l’importance historique des luttes ouvrières. Selon lui, les droits dont bénéficient aujourd’hui les travailleurs à travers le monde (protection sociale, retraite, congés payés ou encore représentation syndicale) sont le résultat de décennies de mobilisation.
Il reconnaît également que l’Algérie a mis en place plusieurs mécanismes de protection sociale dans des domaines tels que la santé, l’éducation, le logement ou les retraites.
Cependant, il estime que ces acquis ne doivent pas masquer une autre réalité : celle d’un recul continu des libertés syndicales.
« Il y a aujourd’hui des pressions, des poursuites judiciaires, des condamnations et même des emprisonnements de syndicalistes », a-t-il expliqué, dénonçant une situation qu’il juge incompatible avec les garanties inscrites dans la Constitution algérienne.
Une contradiction entre les textes et la pratique
L’un des points centraux de son intervention concerne ce qu’il considère comme une contradiction entre les principes proclamés par les autorités et leur application concrète.
La Constitution garantit la liberté syndicale, le pluralisme syndical et le droit de grève. Pourtant, selon Abdelkrim Mesis, de nombreux syndicalistes se heurtent à des obstacles administratifs, judiciaires et politiques lorsqu’ils tentent d’exercer ces droits.
Il estime que certaines dispositions légales sont aujourd’hui utilisées pour limiter l’action syndicale indépendante plutôt que pour la protéger.
L’UGTA dans le viseur
Abdelkrim Mesis s’est également montré particulièrement sévère à l’égard de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA).
Selon lui, l’organisation historique des travailleurs ne joue plus le rôle de défense des salariés qu’elle assumait autrefois. Il regrette notamment son silence face aux poursuites visant des syndicalistes et considère que le syndicat officiel s’est progressivement éloigné des préoccupations réelles du monde du travail.
Pour le président du courant de redressement de l’UGTA, cette perte d’influence et d’indépendance contribue à affaiblir l’ensemble du mouvement syndical algérien.
Un dialogue social en panne
Au-delà des textes de loi, Abdelkrim Mesis estime que la crise actuelle est aussi le résultat de l’absence d’un véritable dialogue entre les autorités et les syndicats indépendants.
Selon lui, le refus de reconnaître pleinement les revendications syndicales et l’absence d’espaces de concertation ont contribué à marginaliser de nombreuses organisations représentatives des travailleurs.
Il appelle ainsi à une révision profonde des politiques relatives à la liberté syndicale, au droit de grève et à la protection des militants syndicaux.
Quand défendre les travailleurs devient un risque
L’intervention d’Abdelkrim Mesis met en lumière une réalité régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits humains : l’exercice de l’activité syndicale indépendante devient de plus en plus difficile en Algérie.
Alors que les autorités affirment garantir les libertés consacrées par la Constitution, de nombreux syndicalistes continuent de faire face à des poursuites judiciaires, à des sanctions administratives ou à des restrictions de leurs activités. Cette situation alimente les critiques contre un pouvoir accusé de réduire progressivement les espaces d’expression autonome et de fragiliser les contre-pouvoirs sociaux.
Dans ce contexte, la défense des libertés syndicales apparaît plus que jamais comme un enjeu central pour la protection des droits des travailleurs et le respect des libertés fondamentales.
Source : NATV