Du mur de sa sœur Zohral Awrass Bouras :
« À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse 3 mai 2026
Demain, vous célébrerez la Journée mondiale de la liberté de la presse.
Moi, je vous écris depuis une cellule surpeuplée.
Je suis Hassan Bouras, journaliste et défenseur des droits humains.
Je suis détenu arbitrairement depuis le 13 avril 2026.
J’ai été arrêté devant mon domicile par des policiers en civil.
Mon foyer a été perquisitionné. Ma famille a été terrorisée.
Et jusqu’à cet instant, une seule question demeure :
De quel crime suis-je coupable ?
Que me reprochez-vous ?
Dire la vérité ? Refuser le silence ?
Ce que je vis aujourd’hui n’est pas une dérive.
C’est une répétition.
Le 2 octobre 2015, vous avez déjà fait irruption chez moi, avec les mêmes méthodes, la même violence, la même volonté de briser.
Mais on ne brise pas une voix en l’enfermant.
À chaque arrestation, vous m’avez retiré la plume.
Alors il ne me reste que mon corps pour parler.
Et mon corps parlera.
J’ai déjà mené des grèves de la faim.
J’ai déjà connu la douleur, l’épuisement, l’isolement.
Je les connais. Je les accepte.
À la veille du 3 mai, j’entame à nouveau une grève de la faim.
Ce n’est pas un choix.
C’est le dernier langage qu’il me reste face à l’injustice.
À mes collègues journalistes :
Je connais la peur. Je connais le silence imposé.
Mais je me souviens aussi.
En 2015, alors que j’étais déjà en détention, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia avait déclaré à propos de ma grève de la faim :
« Qu’il fasse une grève de la faim s’il veut. »
Ce jour-là, le silence a été plus lourd que ces mots.
Aujourd’hui, je ne vous demande pas un courage héroïque.
Je vous demande une chose simple : ne détournez pas le regard.
Car une profession qui accepte l’emprisonnement des siens renonce à elle-même.
Alors je pose cette question — à vous, aux autorités, et au monde :
Que vaut la liberté de la presse lorsqu’un journaliste est emprisonné pour avoir exercé son métier ?
Le 3 mai, vous célébrerez la liberté.
Moi, Hassan Bouras, je la paierai avec mon corps. »
Hassan Bouras journaliste et défenseur des droits de l’homme
Prison de El Haoudh El-Bayadh
Le 29/04/2026