Pour la 177ᵉ semaine consécutive, Karim Tabbou a dû se présenter à la caserne pour signer son registre de contrôle judiciaire. Dans une tribune publiée le 27 octobre 2026, il alerte sur l’envoi annoncé d’une unité militaire algérienne au Niger et les risques d’un soutien aux autorités issues du coup d’État.
Riposte Internationale dénonce le maintien prolongé de son contrôle judiciaire, lui réaffirme sa solidarité et appelle à la levée des restrictions pesant sur sa liberté.
Nous publions ci-dessous l’intégralité de sa tribune :
« Pour la 177ᵉ semaine consécutive, je me suis rendu à la caserne pour signer mon registre de contrôle judiciaire. Une obligation devenue, au fil du temps, l’occasion de poursuivre une réflexion sur l’actualité nationale et internationale.
𝐂𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞, 𝐦𝐨𝐧 𝐛𝐢𝐥𝐥𝐞𝐭 𝐞𝐬𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐚𝐜𝐫𝐞́ 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐝𝐞́𝐜𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐫𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐚𝐥𝐠𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞𝐬 𝐝’𝐞𝐧𝐯𝐨𝐲𝐞𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐭𝐞́ 𝐦𝐢𝐥𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐚𝐮 𝐍𝐢𝐠𝐞𝐫, 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐱𝐭𝐞 𝐫𝐞́𝐠𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐚𝐩𝐩𝐨𝐫𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞 𝐬𝐞𝐦𝐛𝐥𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞́𝐬𝐨𝐫𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐩𝐫𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐥𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐢𝐧𝐜𝐢𝐩𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐬𝐩𝐢𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞𝐬.
Alors que des événements d’une extrême gravité engagent l’avenir de l’humanité, le monde peine à préserver les valeurs universelles conquises au prix de tant de luttes, d’épreuves et de sacrifices. Le droit, la dignité humaine, la liberté et la souveraineté des peuples sont trop souvent sacrifiés sur l’autel des intérêts géopolitiques, économiques et énergétiques.
Au Sahel, cette réalité prend une dimension particulièrement préoccupante. L’État de droit et les espoirs démocratiques des peuples n’y ont pratiquement plus droit de cité. La région est devenue le théâtre de rivalités entre puissances étrangères, de confrontations entre groupes armés soutenus par des intérêts concurrents et de coups de force militaires successifs. Des putschistes s’emparent du pouvoir sans s’encombrer des procédures constitutionnelles, reléguant aux calendes grecques les constitutions, les libertés et la volonté populaire.
Le peuple nigérien, comme d’autres peuples de la région, subit les conséquences de ces bouleversements successifs, pris en étau entre l’insécurité, les ambitions des pouvoirs militaires et les rivalités de puissances qui font du territoire sahélien un espace de confrontation. Derrière les discours sur la souveraineté et la sécurité, une question essentielle demeure : quelle place reste-t-il à la volonté des citoyens et à leur droit de choisir librement leurs dirigeants ?
La décision de l’Algérie d’envoyer une unité militaire au Niger, officiellement pour protéger des intérêts énergétiques et économiques communs, appelle donc un examen critique qui dépasse les considérations strictement sécuritaires.
Comment ne pas relever le contraste avec la position initiale de l’Algérie, qui avait fermement condamné le coup d’État de juillet 2023 et réaffirmé son attachement au rétablissement de l’ordre constitutionnel ? Comment comprendre qu’un pays ayant défendu le respect de la légalité constitutionnelle et mis en garde contre les interventions militaires extérieures en vienne aujourd’hui à engager ses propres forces aux côtés d’autorités issues de ce coup de force ?
La protection des intérêts économiques peut constituer un objectif légitime. Elle ne saurait cependant tenir lieu, à elle seule, de justification politique suffisante. La sécurité des investissements ne doit pas devenir un principe supérieur à la sécurité des peuples, à la légitimité des institutions et au droit des citoyens à disposer de leur avenir.
Cette décision soulève également des interrogations fondamentales sur la nature exacte de la mission, son mandat, sa durée, ses limites et les garanties destinées à éviter toute escalade. La conformité formelle aux procédures constitutionnelles ne dispense ni du débat public ni de l’exigence de transparence sur les objectifs poursuivis, les risques encourus et les conséquences possibles d’un engagement militaire extérieur.
La puissance d’une nation ne se mesure pas uniquement à sa capacité de mobiliser son armée, de défendre ses ressources ou de protéger ses intérêts stratégiques. Elle se mesure aussi à la solidité de ses institutions, à l’indépendance de sa justice, au respect des libertés, à la vitalité de sa démocratie et à la confiance que lui accordent ses citoyens.
L’Algérie, dont l’histoire est profondément marquée par la lutte pour la liberté et la souveraineté, devrait pouvoir porter dans la région une ambition politique à la hauteur de cet héritage : défendre le droit des peuples à choisir leur destin, promouvoir des solutions politiques durables et contribuer à la reconstruction d’institutions légitimes, plutôt que de s’accommoder de situations nées de ruptures anticonstitutionnelles.
Car il serait contradictoire de défendre la souveraineté des États tout en reléguant au second plan la souveraineté des peuples ; de dénoncer les ingérences étrangères sans interroger les logiques de puissance ; ou de prétendre assurer la stabilité d’une région en négligeant les aspirations démocratiques qui constituent l’une des conditions essentielles d’une paix durable.
Au fond, la véritable question n’est pas de savoir si un État a les moyens d’intervenir au-delà de ses frontières, mais au nom de quels principes il le fait, dans quel objectif et au bénéfice de qui. Lorsque les intérêts économiques et les calculs géopolitiques deviennent les seuls critères de décision, les valeurs humaines finissent par perdre toute portée réelle.
La stabilité du Sahel ne pourra être durablement assurée par la succession des coups de force, la militarisation des rapports entre États ou la substitution de nouvelles tutelles aux anciennes. Elle exige le respect du droit, des institutions légitimes, des libertés publiques et de la volonté des peuples.
C’est à cette aune que doivent être appréciées les décisions de nos dirigeants. La grandeur d’une nation ne réside pas seulement dans la défense de ses intérêts, mais dans sa capacité à faire vivre les principes qu’elle proclame.
Gloire à nos martyrs.
ALERTE
𝐈𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐞𝐬𝐬𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞𝐥 𝐝’𝐚𝐥𝐞𝐫𝐭𝐞𝐫 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐫𝐢𝐬𝐪𝐮𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐫𝐦𝐞́𝐞 𝐚𝐥𝐠𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞 𝐚𝐮 𝐍𝐢𝐠𝐞𝐫 𝐬𝐨𝐢𝐭 𝐝𝐞́𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐞́𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐧 𝐨𝐛𝐣𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐫 𝐝𝐞 𝐜𝐚𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚̀ 𝐮𝐧𝐞 𝐟𝐚𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐨𝐮 𝐚̀ 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐮𝐭𝐬𝐜𝐡𝐢𝐬𝐭𝐞𝐬 𝐝𝐚𝐯𝐚𝐧𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐜𝐢𝐞𝐮𝐱 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐞𝐫𝐯𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐯𝐨𝐥𝐨𝐧𝐭𝐞́ 𝐝𝐞́𝐦𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐮 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞 𝐍𝐢𝐠𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐧.
Alger, le 27 octobre 2026″