Le parcours d’Ilyas Filali, militant du Hirak populaire, aujourd’hui condamné à trois ans de prison ferme, soulève une question politique et morale majeure : quelle valeur accorder à la parole d’un chef d’État qui appelle les opposants exilés à revenir dans leur pays, lorsque certains d’entre eux se retrouvent ensuite derrière les barreaux ?
Cette affaire ravive le douloureux souvenir du journaliste Mohamed Tamalt. En 2016, ce dernier aurait lui aussi reçu des assurances l’encourageant à revenir en Algérie. Quelques jours plus tard, il était arrêté et emprisonné, avant de décéder le 11 décembre de la même année, dans des circonstances qui continuent de soulever de graves interrogations. Dix ans après sa mort, toute la lumière n’a toujours pas été faite sur cette tragédie, et la question des responsabilités demeure entière.
Aujourd’hui, c’est le parcours d’Ilyas Filali qui interpelle. Militant engagé dans le Hirak populaire, notamment à travers sa contribution à la création du « coin des orateurs » sur les places d’Alger, il a subi des pressions et des poursuites qui l’ont conduit à l’exil en Grande-Bretagne, loin de sa famille et de ses proches.
Son retour en Algérie devait marquer la fin de cette séparation et lui permettre de retrouver les siens. Mais cet espoir s’est transformé en une nouvelle épreuve. Le 3 novembre 2026, le tribunal criminel de première instance de Relizane l’a condamné, aux côtés de onze autres citoyens, à trois années de prison ferme, avec placement immédiat en détention.
Pourtant, le 16 juillet 2026, depuis Berlin, le Chef d’état Abdelmadjid Tebboune affirmait publiquement que les opposants exilés étaient les bienvenus en Algérie. Cette déclaration s’inscrivait dans sa politique de « لمّ الشمل », présentée comme une démarche de rassemblement national et de réconciliation avec les Algériens établis à l’étranger.
Ces paroles, prononcées par le chef de l’État, engageaient politiquement leur auteur. Elles étaient porteuses d’espoir pour des citoyens contraints à l’exil, qui aspiraient simplement à retrouver leur pays, leur famille et leur droit de vivre librement.
L’affaire Ilyas Filali met à nu la contradiction flagrante entre le discours officiel d’ouverture et de réconciliation nationale, d’une part, et la persistance des poursuites judiciaires et de la répression à l’encontre des militants politiques, d’autre part.
Comment parler d’une réconciliation nationale lorsque des militants continuent d’être condamnés à de lourdes peines de prison ? Comment inviter les opposants à rentrer au pays sans leur garantir qu’ils ne seront pas poursuivis pour leurs opinions et leurs engagements pacifiques ?
Le rapprochement avec l’affaire Mohamed Tamalt rappelle combien la question de la confiance envers la parole des autorités est ancienne et douloureuse. Si les circonstances de ces deux affaires sont différentes, elles soulèvent une même interrogation : quelles garanties réelles l’État algérien offre-t-il à ses citoyens exilés ?
Le droit de retourner dans son propre pays n’est ni une faveur présidentielle ni une concession politique. C’est un droit fondamental, consacré par les conventions internationales auxquelles l’Algérie est partie.
La réconciliation nationale ne peut se résumer à des discours officiels, tandis que les poursuites judiciaires contre les militants se poursuivent. Elle exige des actes concrets, le respect des libertés fondamentales et des garanties effectives pour tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions politiques.
Car lorsque les promesses d’ouverture se heurtent à la réalité des prisons, c’est la crédibilité même de la parole de l’État qui est mise en cause.
On ne rassemble pas un peuple en emprisonnant ceux qui expriment pacifiquement leurs convictions.
Et aucune réconciliation véritable ne peut se construire derrière les portes des prisons.