Alger, le 16 mars 2026.
Hier, à 13h30, les autorités algériennes ont fait irruption en grand nombre dans les bureaux de SOS Disparus à Alger. Munies d’un ordre officiel, elles ont procédé à la fermeture immédiate des lieux et à leur mise sous scellés. Un acte brutal, symbolique, lourd de sens. Une tentative de plus pour faire taire une voix qui dérange.
Mais derrière cette porte scellée, ce n’est pas seulement un local que l’on ferme. C’est une mémoire que l’on tente d’enterrer.
Une répression progressive depuis le Hirak
Depuis 2020, dans le sillage du mouvement du Hirak, le pouvoir algérien a intensifié la pression sur la société civile, les associations et les espaces d’expression autonome. Arrestations, intimidations, restrictions… et désormais dissolutions.
Parmi les cas les plus emblématiques, l’association Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) a été dissoute en octobre 2021, marquant un tournant dans la répression organisée du tissu associatif indépendant .
D’autres organisations, collectifs et initiatives citoyennes ont subi pressions administratives, blocages ou suspensions, dans une logique claire : reprendre le contrôle total de l’espace public et politique.
Cibler les gardiens de la mémoire : les familles de disparus
Mais la fermeture de SOS Disparus dépasse la simple répression politique. Elle touche à un sujet encore plus sensible : celui des disparitions forcées de la décennie noire.
Le Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie incarne depuis des décennies cette lutte pour la vérité. Des milliers de familles attendent encore de savoir ce qu’il est advenu de leurs proches, disparus dans les années 1990 .
Fermer leurs bureaux, c’est tenter d’effacer leur combat.
L’expulsion de Nassera Dutour : un tournant
Le 30 juillet 2025, la présidente du CFDA, Nassera Dutour, est refoulée à son arrivée à Alger, sans aucune justification. Une citoyenne algérienne empêchée d’entrer dans son propre pays.
Un acte qualifié d’« arbitraire » et d’atteinte grave aux libertés fondamentales par de nombreuses organisations internationales .
Son expulsion n’est pas un simple incident administratif. Elle marque une volonté claire : réduire au silence une figure centrale de la lutte pour la vérité et la justice.
Une vague de solidarité nationale et internationale
Face à cette décision, une vague d’indignation s’est levée.
Sur les réseaux sociaux, militants, journalistes, avocats et citoyens ont lancé des campagnes de soutien, notamment sous le slogan :
« On est tous Nassera » .
Des partis politiques d’opposition, comme le RCD, ont dénoncé une décision « d’une extrême gravité », tandis que des ONG internationales – dont la FIDH – ont exprimé leur solidarité et leur inquiétude face à une dérive autoritaire .
Au-delà des mots, cette mobilisation rappelle que le combat des familles de disparus dépasse les frontières.
Effacer l’histoire ou affronter la vérité ?
La fermeture du siège de SOS Disparus s’inscrit dans une logique plus large :
celle de tourner définitivement la page de la décennie noire… sans vérité, sans justice.
Mais peut-on réellement enterrer un dossier qui pèse encore aussi lourd dans l’histoire du pays ?
Comme le rappellent plusieurs organisations de défense des droits humains, tenter de faire taire les voix des familles ne fera pas disparaître la réalité des disparitions forcées. Au contraire, cela ne fait que raviver les blessures .
Une mémoire qui résiste
Fermer des bureaux, expulser des militantes, dissoudre des associations…
tout cela ne suffit pas à effacer une mémoire collective.
Derrière chaque disparu, il y a une mère, un père, une famille.
Derrière chaque dossier, il y a une histoire.
Et tant que ces histoires ne seront pas reconnues,
la lutte continuera.