Onze prisonniers politiques détenus dans le cadre de l’affaire dite de « complot contre la sûreté de l’État » ont adressé un message commun appelant les forces démocratiques tunisiennes à dépasser leurs divergences afin d’œuvrer ensemble au rétablissement des libertés et de la démocratie.
Signée par onze personnalités issues d’horizons politiques différents, cette lettre rassemble notamment Ahmed Néjib Chebbi, Rached Ghannouchi, Ayachi Hammami, Issam Chebbi, Abdelhamid Jelassi, Ghazi Chaouachi, Jawhar Ben Mbarek, Ridha Belhaj, Ziad Hani, Chaïma Issa et Khayam Turki.
Les signataires estiment que la Tunisie traverse une période décisive de son histoire. Ils considèrent que les décisions prises depuis le 25 juillet 2021 ont conduit à un recul des acquis de la révolution de 2011, citant notamment l’affaiblissement de l’État de droit, de la séparation des pouvoirs, de l’indépendance de la justice, des libertés publiques, du pluralisme médiatique ainsi que des garanties entourant les processus électoraux.
Selon eux, les divergences idéologiques ou partisanes ne doivent plus constituer un obstacle face à ce qu’ils présentent comme une priorité commune : restaurer les libertés fondamentales et les institutions démocratiques. Les débats politiques et les réformes, affirment-ils, pourront être tranchés ultérieurement dans un cadre démocratique, à travers le dialogue et les élections.
Cette initiative revêt une portée particulière en raison de la diversité des sensibilités représentées parmi les signataires. Longtemps opposés sur de nombreuses questions politiques, ces responsables affirment aujourd’hui partager une même conviction : la nécessité de défendre les libertés et les principes démocratiques avant toute autre considération partisane.
Cette lettre intervient alors que plusieurs figures de l’opposition demeurent incarcérées dans le cadre de l’affaire dite de « complot contre la sûreté de l’État », un dossier qui continue de susciter de nombreuses critiques de la part d’organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains. Ces dernières dénoncent régulièrement le recours à des poursuites visant des opposants politiques et s’inquiètent de l’évolution des libertés publiques en Tunisie.
À travers cet appel, les onze prisonniers politiques lancent un message de rassemblement à l’ensemble des forces démocratiques du pays. Ils estiment que la restauration de l’État de droit, des libertés fondamentales et des institutions démocratiques constitue aujourd’hui une responsabilité collective qui dépasse les clivages politiques.
Cet appel met une nouvelle fois en lumière la situation des prisonniers politiques en Tunisie et les conséquences de la répression qui touche des responsables politiques, des avocats, des journalistes et des militants de sensibilités diverses. Au-delà de leurs différences, les signataires affirment qu’aucun projet démocratique ne peut être envisagé tant que des opposants demeurent emprisonnés pour leurs opinions ou leur engagement politique. Leur message rappelle que la démocratie ne peut exister sans pluralisme, sans justice indépendante et sans le respect des libertés fondamentales.
Riposte Internationale exprime sa pleine solidarité avec les onze prisonniers politiques signataires de cette lettre, ainsi qu’avec l’ensemble des détenus d’opinion en Tunisie. Notre organisation réaffirme que la privation de liberté ne doit jamais être utilisée pour réduire au silence des opposants ou des voix critiques. Nous appelons à leur libération et au rétablissement d’un véritable État de droit, garantissant les libertés publiques, l’indépendance de la justice et le respect des droits humains.
Source : Ayachi Hammami