Dans un contexte marqué par la multiplication des procédures judiciaires à son encontre, Abdelkrim Zeghileche affirme avoir découvert l’existence d’une 21e affaire le visant. Face à cette nouvelle situation, Riposte Internationale tient à réaffirmer son soutien au journaliste et militant politique, ainsi que son attachement indéfectible à la liberté d’expression et à la liberté de la presse.
« Hier, après avoir quitté le commissariat de police, oui, hier encore, j’étais convoqué par la police, pour la millième fois… Bref.
Je me suis rendu au tribunal pour récupérer les cinq derniers jugements, afin de préparer mes appels devant la cour.
Parmi ces cinq affaires, j’ai reçu une première convocation pour le 14 octobre prochain, afin de comparaître devant la cour.
Mais au tribunal, en demandant mes jugements, j’ai découvert, par le plus grand des hasards, l’existence d’une autre affaire.
L’affaire numéro 21. vingt et un affaires politiques.
Une affaire dont j’ignorais jusqu’à l’existence.
Je découvre que j’ai été condamné à un an de prison ferme, ainsi qu’à une nouvelle amende qui vient s’ajouter à toutes les autres.
Je n’ai jamais été convoqué. Je n’ai jamais été informé de ce procès. Je ne savais même pas qu’il existait.
Et pourtant, cette affaire s’est déroulée pendant un mois que j’ai entièrement passé au tribunal.
Il y a quelque chose de profondément étrange dans cette situation, je passe tellement de temps devant les tribunaux que même les procès dont j’ignore l’existence finissent par me retrouver.
Vingt et une affaires.
À ce stade, ce ne sont plus seulement des numéros inscrits sur des dossiers judiciaires. Ce sont vingt et une étapes d’une même histoire, vingt et une manières de me rappeler que, dans certains systèmes, la justice peut finir par devenir non seulement un lieu où l’on est jugé, mais un espace dans lequel on apprend à vivre.
Cette rentrée sociale, je vais donc la passer entre le tribunal et la cour, au moins jusqu’à la fin de l’année cinq affaires devant la cour, et cette nouvelle affaire devant le tribunal.
Pendant que certains préparent leur rentrée, leurs projets, leur avenir, moi, je prépare mes appels, mes dossiers et mes prochaines audiences.
Mais au fond, la question n’est plus seulement de savoir combien d’affaires viendront encore s’ajouter aux précédentes.
La vraie question est de savoir jusqu’où peut-on poursuivre un homme sans comprendre que, derrière chaque dossier, chaque condamnation et chaque convocation, il y a un être humain qui continue malgré tout à avancer.
On peut multiplier les procès.
On peut multiplier les amendes.
On peut multiplier les convocations.
On peut même multiplier les années.
Mais il y a une chose que l’on ne peut pas condamner par décision de justice, la volonté de rester debout. La volonté de défendre sa vision des choses, défendre ses convictions.
Et en attendant les prochaines affaires…
Je sais déjà qu’ils m’en préparent d’autres.
Après tout, dans cette histoire, le plus étonnant n’est peut-être plus de savoir combien d’affaires viendront encore.
C’est de voir jusqu’à quel numéro ils pensent pouvoir aller!!
Mais prétendre que tout cela n’est pas fatigant et épuisant serait un énorme mensonge. »
Source : Abdelkrim Zeghileche.