Algérie : publication du Rapport 2025 sur les droits humains, le regard de Boumediene Sid Lakhdar

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À l’occasion de la publication du Rapport sur la situation des droits humains en Algérie pour l’année 2025, réalisé par Riposte Internationale (RI) et le Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA), nous reprenons la contribution de M. Sidi Lakhdar, universitaire et analyste, initialement publiée dans Le Matin.

Dans ce texte, l’auteur livre son analyse et son commentaire du Rapport 2025 consacré à la situation des droits humains en Algérie.

Nous publions ci-dessous son texte dans son intégralité, sans aucune modification. Les opinions exprimées n’engagent que leur auteur.

“Riposte Internationale (RI), organisation algérienne d’alerte et de défense des droits de l’homme ainsi que le Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA) viennent de publier leur rapport pour l’année 2025. Comme les vendanges, les chiffres reviennent chaque année pour nous rappeler que la progression est continue dans l’horreur et l’indigne.

Beaucoup de pays dans le monde surveillent les courbes de la croissance, de l’inflation ou de la natalité. L’Algérie semble surveiller la bonne progression de la force brutale, l’indicateur le plus significatif de la santé et perpétuation de son système politique.

Bien des rapports d’organisations internationales et nationales avaient déjà alerté depuis des décennies sur une situation que seuls les citoyens aveugles et sourds ignorent être le quotidien de leur pays, il sont hélas majoritaires. Le rapport a toute sa place pour une tentative de réveil des consciences qu’il ne faut jamais arrêter.

J’invite chaque lecteur a consulter le rapport car il est impossible de le résumer en un seul article. Le traitement de certains fragments en résumé est loin d’être exhaustif. C’est un choix et un regard personnels qui tentent un survol en espérant appréhender une possible globalité.

_Les indispensables veilles et témoignages_ 

Les constatations reprises par Riposte Internationale et le CFDA. n’ont rien à nous apprendre sur la mécanique des dictatures mais ce travail est des plus fondamentaux car ils la reprennent en  y apportant des actualisations intégrées dans des analyses irréfutablement documentées.

Ce travail n’est pas celui de la répétition mais celui de l’archivage et de la compréhension des actions contraires aux principes fondamentaux des droits humains.

Une frange de la population algérienne est dans le soutien aveugle et inconditionnel du régime algérien. Quoi qu’il fasse, ils sont prêts à le suivre jusqu’aux portes de l’enfer. Ce sont les MAGA de l’Algérie. Je pense personnellement qu’il est vain d’essayer pour le moment de continuer à se fracasser la tête contre un mur pour les convaincre.

L’autre frange est la population, minoritaire mais encore éveillée par la connaissance d’une Algérie sous le joug de la répression et de la démagogie. C’est à eux, selon mon avis personnel, que s’adressent les rapports de témoignages et de dénonciations. C’est à travers eux que les braises de la démocratie peuvent resurgir en un feu qui illumine enfin ce pays plongé dans les ténèbres de la dictature et de la débilisation des esprits de la première frange de la population citée.

Puis enfin la frange des militants de longue date. Ceux-là sont au cœur de la cible car ils doivent être informés des dernières réalités et de leur analyse. Il faut continuellement les garder éveillés car ils sont parfois atteints du pire des dangers, l’usure et la résignation.

_Le mur de la citadelle_ 

Après le préambule consistant à présenter les auteurs et la méthodologie, le rapport commence par la description du contexte général en Algérie en 2025. « L’année s’est achevée avec la poursuite du glissement autoritaire amorcé à la suite du Hirak » est la phrase introductive.

Le contexte exposé est d’abord celui du rappel de la lutte constante de toutes les organisations des droits humains qui sont bloquées par une muraille. « La rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains a souligné, à l’issue de sa visite en Algérie, la répression constante visant les acteurs de sa visite en Algérie, la répression constantes visant les acteurs de la société civile engagés en faveur des droits civiques et politiques. »

Le rapport fait état d’une muraille qui est opposée aux associations de défense des droits humains. Parmi les faits les plus importants qui buttent contre les murs impénétrables du régime algérien : « Selon les estimations croisées d’ONG locales et internationales, entre 200 et 300 personnes seraient encore des détenus d’opinion à différents stades de procédures en 2025 ».

_La croix et le glaive_ 

Cette citadelle imprenable est l’excuse de l’histoire nationaliste et le code pénal qui essaient de dissimuler les crocs de la bête. L’une pour légitimer la violence par l’évocation perpétuelle du sang et des larmes de la révolution algérienne (ce point est un rajout de ma part) et l’autre pour justifier la barrière indispensable qu’il faut opposer aux ennemis du pays qui tentent de la combattre et l’insulter.

Chaque musellement, chaque arrestation est une brique de la muraille que constitue l’habit juridique du régime autoritaire. Le rapport en fait la colonne vertébrale par la correspondance du déni de droit avec l’habillement juridique de tel ou tel article de loi.

Et l’une des astuces de ces lois répressives est de toujours rester dans le flou de la rédaction. Une parole, un geste, un écrit ou une pensée (car ils la lisent selon leur interprétation) et voilà que le code pénal accourt. Il est le pompier du régime militaire algérien, il en est la sentinelle et la porte de la citadelle.

Chaque mot du code pénal est utilisé, aucune sémantique habituelle du droit ne lui échappe. Complot contre la nation, attentat envers l’intégrité du pays, dénigrement de l’état, insulte à corps constitués, menace terroriste et nous pourrions trouver tous les mots du dictionnaire. Mais un dictionnaire aux définitions floues, interprétables selon le langage de l’état algérien et aux conséquences judiciaires qui tournent le dos à la démocratie et à l’humanisme.

La croix justifie le glaive pour tous les bourreaux dans le monde comme le furent les massacres des conquistadors espagnols. La croix représente l’histoire réécrite ou inventée, les valeurs religieuses et sociétales imposées et l’ordre justifié de la dictature algérienne qui sont sacrés et qui légitiment que le glaive agisse pour convertir les populations qui se sont écartées du droit chemin.

Tant que la majorité des algériens se plie pour honorer la Croix, le glaive sera suspendu au-dessus de leur tête mais ne s’abattra pas sur eux. Le rapport sur les droits humains en Algérie lutte pour supprimer ce glaive et pas seulement pour l’empêcher de s’exécuter.

_Les soldats du glaive_ 

Pour conquérir un peuple, piller son territoire et ses richesses, le glaive a besoin de soldats. Là également l’état algérien n’innove pas, ce sont les institutions policières et judiciaires qui font le sale boulot.

Ce sont le système judiciaire et les juges qui me paraissent les plus condamnables car pour les soldats de la police algérienne, le rustre et l’ignorance sont souvent la cause d’une force brutale, mécanique et presque sans conscience. Il en est autrement pour les juges qui devraient être l’une des armes de la démocratie et la force légitime contre la violence, le non respect des lois et l’injustice.

Le rapport fait état du système judiciaire en Algérie dans son second chapitre. Il nous rappelle que la mission d’un système judiciaire dans une démocratie est  « sur le plan théorique, le fonctionnement du système judiciaire repose sur plusieurs principes fondements ». Il les liste d’une manière très détaillée et précise. accompagnant chacun d’eux par des exemples de contradictions qui les mettent à terre (_).

Le principe d’égalité de la justice, le principe de la séparation des pouvoirs, le cadre constitutionnel et la loi, notamment par le code pénal et de procédure pénale et le respect des conventions internationales.

Puis il met en lumière la dépendance structurelle de la justice par les réformes pénales qui les guident en marionnettes ainsi que, nous l’avons déjà mentionné, l’utilisation élargie du flou des récriminations.

Pour ma part, je trouve que l’accusation du renforcement des lois répressives n’est pas suffisante. J’accuse beaucoup plus directement une majorité des juges qui les utilisent par zèle et, je le crois, avec une jouissance forte que leur donne le sentiment de posséder un pouvoir.  Dans de nombreux cas, ils avaient une porte de sortie par l’allègement des peines ou du prononcé de non-lieux.

Les dictatures imposent aux juges des condamnations mais ne leur dictent pas dans la plupart des cas le nombre d’années d’emprisonnement si ce n’est dans ceux qui lui semblent les plus symboliques et médiatisés pour prévenir les tentatives d’opposition.

_La répression a des visages_ 

Le chapitre III, « Atteintes aux libertés fondamentales » (pages 57 à 155) et le chapitre IV, « Groupes vulnérables et discriminations » (pages 156 à 188), sont selon mon opinion ce qui est le principal apport du rapport.

Je l’ai déjà dit, la description du cadre général et sa critique sont absolument indispensables pour l’éveil des consciences des citoyens algériens, notamment par les actualisations qui alimentent le rapport. Cependant mon sentiment est que ces deux chapitres sont ceux qui sortent d’une généralisation de la description du système (malgré de nombreux exemples concrets) pour entrer dans la réalité de l’humain.

La répression a toujours des visages, ils ont chacun leur humanité et leur cas qui les fait sortir d’un anonymat généralisé. Le rapport présente de nombreuses photos qui sont des visages d’humains qui font face au régime, qui lui renvoie comme un miroir le reflet de sa bestialité.

Ce qui rajoute à l’intérêt de ces deux derniers chapitres est qu’en même temps que sont présentées les identifications de ces visages, le rapport met en correspondance l’analyse des incriminations juridiques qui ont justifié l’immonde.

Si le premier est celui des individus, le second est celui de la répression envers des « Groupes vulnérables ».  Les disparitions forcées, la répression des citoyens accrue après le Hirak, les droits des femmes, les réfugiés et demandeurs d’asile, le musellement de la presse et médias, l’émigration algérienne, les minorités confessionnelles.

Comme il est indispensable dans tout rapport, quelle que soit sa nature, la conclusion est celle des recommandations des deux organisations de défense de l’humain.

Je recommande bien entendu de les lire, c’est indispensable pour les citoyens. Mais paradoxalement c’est à ce moment que je quitte le lecteur car je ne les lirai pas. Le terme de recommandations signifie pour moi qu’elles sont destinées à remettre l’Algérie sur de bons rails en obligeant les autorités algériennes à modifier leur comportement.

Pour moi, il n’y a rien à modifier chez les monstres, il faut les mettre hors de toutes responsabilités, les juger, les condamner et les incarcérer pour les crimes que relève avec mérite ce rapport.

Et comme je suis incapable de prendre les armes pour participer à éliminer le monstre, je m’abstiens de lire les recommandations car elles me semblent ne servir à rien. Un monstre ne comprend pas, ne lit pas et ne s’éduque pas. Nous parlons un langage humain, il parle celui de la bestialité.

Bravo aux rédacteurs de ce rapport qu’il faut lire absolument.”

Par Boumediene Sid Lakhdar.

L’énumération qui suit reprend les titres des sections de la seconde partie (pages 23 à 56). 

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