En réaction à la mise sous scellés par la police algérienne, le 16 mars 2026 à Alger, du bureau
de SOS Disparus, une organisation de défense des droits humains demandant des comptes
pour les milliers de disparitions forcées perpétrées dans le contexte du conflit interne des
années 90, Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique
du Nord à Amnesty International, a déclaré :
« La fermeture forcée de SOS Disparus porte un coup dévastateur au combat pour la liberté,
la justice et des réparations en Algérie. En scellant les locaux de la principale organisation
réclamant des comptes en relation avec des disparitions forcées – qui constituent toujours un
crime au regard du droit international –, les autorités algériennes recourent une fois de plus à
la Loi 12-06 pour étouffer le travail en faveur des droits humains. Si les autorités algériennes
ont toléré la présence de SOS Disparus à Alger pendant plus de 20 ans, elles ont commencé à
intensifier leur répression contre cette organisation en 2024.
« Aux termes du droit international, le droit à la liberté d’association protège les groupes
enregistrés ou non, et aucune association ne devrait être sanctionnée ou fermée parce qu’elle
fonctionne sans reconnaissance officielle, à plus forte raison une organisation fournissant la
seule lueur d’espoir à des familles souhaitant obtenir des réponses et l’établissement des
responsabilités pour les milliers de personnes victimes d’une disparition forcée aux mains des
forces de sécurité ou des milices durant le conflit armé interne des années 1990. Les autorités
doivent immédiatement revenir sur cette décision, et mettre fin au climat d’impunité
généralisée condamnant les familles à l’angoisse et au désarroi. »
Complément d’information
Créée en 2001, SOS Disparus est une entité du Collectif des familles de disparu(e)s en
Algérie (CFDA), association fondée en France en 1999 par des mères cherchant à obtenir
justice pour leurs proches soumis à une disparition forcée durant le conflit armé interne que
l’Algérie a connu pendant les années 90. Le manquement à l’obligation de rendre des comptes
pour les disparitions forcées de milliers de personnes durant cette période est une séquelle
persistante et douloureuse de ce conflit.
SOS Disparus, l’une des principales organisations se prononçant en faveur de la vérité et la
justice en relation avec le conflit armé interne, a été confrontée à des obstacles juridiques
incessants, les autorités algériennes refusant de l’enregistrer depuis le début de ses opérations.
La fermeture actuelle a été ordonnée par le gouvernorat d’Alger le 12 mars 2026, au motif
que l’organisation n’était pas enregistrée. Cela fait suite à deux épisodes remontant à 2024,
lors desquels des policiers ont empêché SOS Disparus d’organiser des événements dans ses
locaux. En mai 2025, le site Internet de l’organisation est devenu inaccessible depuis
l’Algérie. En juillet 2025, la police a arbitrairement refusé de laisser Nassera Dutour,
fondatrice et présidente de l’organisation, entrer sur le territoire algérien.
Le recours à la Loi 12-06 pour fermer les locaux de l’association bafoue le droit international
relatif aux droits humains et les normes associées, qui prévoient qu’il n’est pas obligatoire
qu’une association soit enregistrée pour être protégée. Au lieu de fermer de force le bureau de
SOS Disparus, les autorités algériennes doivent faire respecter la liberté d’association, et créer
un environnement sûr et favorable pour les organisations non gouvernementales.
Source : Amnesty International France