Le report du congrès national du Syndicat national autonome du personnel de l’administration publique (SNAPAP), initialement prévu les 10, 11 et 12 avril 2026 à Alger, met en évidence des pratiques administratives contestées en matière de liberté syndicale en Algérie. Dans un communiqué officiel, le syndicat a annoncé avoir été contraint de reporter cet événement majeur en raison du l’inactions des autorités de la wilaya d’Alger à une demande d’autorisation pourtant introduite dans les formes légales. Un silence que le conseiller juridique du SNAPAP assimile à un refus implicite.
Au-delà d’un simple blocage ponctuel, le SNAPAP dénonce une stratégie récurrente. L’absence de réponse administrative, loin d’être neutre, s’inscrirait dans une logique visant à limiter l’exercice effectif du droit d’organisation syndicale. Dans sa déclaration, le syndicat souligne que ces pratiques empêchent concrètement la tenue de congrès, pourtant essentiels au renouvellement démocratique de ses instances. Ce type d’obstruction indirecte soulève des interrogations quant au respect des engagements nationaux et internationaux de l’Algérie, notamment en matière de liberté d’association et de droits syndicaux.
Le contexte dans lequel intervient ce blocage renforce les préoccupations. Selon le SNAPAP, le congrès devait réunir 78 délégués, dont 30 femmes, ainsi que 21 observateurs. Plus significatif encore, 38 participants représentaient des fédérations affiliées à l’aile dirigée par Belgacem Felfoul. Cette participation témoignait d’une volonté réelle de dépasser les divisions internes et de reconstruire une organisation unifiée sur des bases démocratiques. Pour de nombreux observateurs, l’empêchement de ce congrès dépasse donc la simple question administrative : il toucherait directement à un processus de recomposition interne du syndicat.
Le SNAPAP dénonce par ailleurs une situation paradoxale. Alors que son congrès est bloqué, les autorités continuent de reconnaître Belgacem Felfoul comme secrétaire général pour un sixième mandat, en contradiction avec la loi n° 23-02, qui limite le nombre de mandats à deux. Cette situation alimente les accusations d’ingérence dans les affaires internes du syndicat et pose la question d’un traitement différencié au sein du mouvement syndical.
Face à cette situation, le comité préparatoire du congrès a annoncé son intention de saisir plusieurs instances internationales, notamment les mécanismes de l’Organisation internationale du travail et des Nations Unies. Ce recours marque un tournant : ce qui relevait initialement d’un litige administratif pourrait désormais être examiné sous l’angle des obligations internationales de l’Algérie en matière de droits humains.
Dans ce contexte, la Confédération syndicale des forces productives (COSYFOP) a exprimé son soutien au SNAPAP. Son président, Raouf Mellal, a dénoncé « une grave violation de la liberté syndicale et une ingérence flagrante dans les affaires internes d’un syndicat indépendant ». Il estime que l’empêchement indirect de ce congrès intervient à un moment clé, alors qu’une dynamique d’unité interne était en cours : « Empêcher la tenue d’un congrès unificateur de cette ampleur ne peut être interprété que comme une tentative de faire dérailler les efforts visant à reconstruire une organisation syndicale forte et indépendante. »