Détenu depuis juillet 2026, le journaliste kabyle Mourad Atmimou, également connu sous le nom de Mourad Aït Mimou, devrait comparaître le 14 décembre prochain devant le tribunal criminel de première instance près la cour de Tizi Ouzou. Cette nouvelle échéance judiciaire a été annoncée à la suite d’une visite au journaliste dans son établissement pénitentiaire.
Dans un message publié ce lundi 19 octobre 2026, l’avocat Noureddine Ahmine ayant rendu visite à Mourad Atmimou à la prison de Tizi Ouzou rapporte les propos suivants :
« Ce matin, j’ai rendu visite au journaliste et détenu d’opinion Mourad Atmimou, à la prison de Tizi Ouzou. Il m’a informé que son affaire est inscrite au rôle du tribunal criminel de première instance près la cour de Tizi Ouzou, pour l’audience du 14 décembre 2026. »
Cette annonce intervient plus de trois mois après son arrestation, dans une affaire qui suscite de nombreuses réactions parmi les défenseurs de la liberté de la presse et des droits humains.
Une arrestation controversée et des accusations lourdes
Pour rappel, Mourad Atmimou avait été interpellé le 7 juillet 2026 alors qu’il se trouvait à la cafétéria Kessi, en face de la cité universitaire Hasnaoua, à Tizi Ouzou. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, des agents en civil l’avaient conduit au commissariat d’Azazga, sans que ses proches soient immédiatement informés de son lieu de détention. Le 9 juillet, le juge d’instruction près le tribunal d’Azazga avait ordonné son placement en détention provisoire. Le journaliste est notamment poursuivi pour « apologie du terrorisme », « atteinte aux symboles de l’État » et diffusion de discours de haine.
Selon les informations rapportées par ses proches et plusieurs médias, ces poursuites seraient notamment liées à ses publications sur Facebook et à la diffusion d’images tournées le 25 juin 2026 lors d’un rassemblement sur la tombe de Lounès Matoub. Des participants y avaient scandé des slogans hostiles au pouvoir algérien. Le 31 août dernier, la chambre d’accusation de la cour de Tizi Ouzou avait décidé de maintenir l’accusation d’« apologie d’une organisation terroriste » et de renvoyer le dossier devant le tribunal criminel, selon les informations communiquées par son avocate, Maître Yamina Alili.
Un journaliste indépendant dont la détention suscite l’inquiétude
Originaire de la région des Ath Jennad, Mourad Atmimou a commencé sa carrière en 2011 à la radio locale de Tizi Ouzou, avant de rejoindre Dzaïr TV, où il animait l’émission en langue kabyle Tizi n Wassa. Après la disparition de la chaîne, il avait poursuivi son activité journalistique de manière indépendante, notamment sur Facebook, où il était suivi par plus de 75 000 abonnés.
Son arrestation avait provoqué de nombreuses réactions. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) avait demandé sa libération, tandis que le Comité pour la Justice (CFJ) avait dénoncé le recours à des accusations liées au terrorisme contre un professionnel de l’information.
Riposte Internationale avait également condamné les circonstances de son interpellation et réclamé sa libération ainsi que le respect de ses droits fondamentaux.
L’annonce de son procès pour le 14 décembre marque ainsi une nouvelle étape dans cette affaire. Après plus de trois mois de détention, Mourad Atmimou devra répondre devant une juridiction criminelle d’accusations dont la gravité continue de susciter des préoccupations concernant la liberté d’expression et l’exercice du journalisme indépendant en Algérie.
Dans l’attente de cette audience, Mourad Atmimou demeure présumé innocent. Son procès sera particulièrement suivi par les organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse, qui réclament depuis son arrestation sa remise en liberté et le respect des garanties d’un procès équitable.
Sources : Riposte Internationale, Kabyle.com, Comité pour la Justice.