Algérie : inquiétude après l’annonce de l’arrestation du poète et conteur Akli Outamazirt

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Une vive émotion traverse les milieux culturels et les défenseurs des droits humains après l’annonce, largement relayée sur les réseaux sociaux, de l’arrestation d’Akli Outamazirt à Akbou, wilaya de Béjaïa. À l’heure de la publication de cet article, aucune confirmation officielle n’a encore été rendue publique par les autorités judiciaires ou sécuritaires.

Selon plusieurs témoignages et publications diffusés ces dernières heures, Akli Outamazirt aurait été interpellé à Akbou après avoir fait l’objet d’une campagne de signalements sur les réseaux sociaux. Les publications évoquent des propos tenus au sujet du prophète de l’islam dans le cadre de créations artistiques anciennes, notamment des pièces de théâtre jouées il y a plusieurs années.

Artiste reconnu, Akli Outamazirt est connu comme poète, comédien, conteur et militant associatif engagé depuis de nombreuses années dans la promotion de la langue et de la culture amazighes. Ses spectacles, joués dans plusieurs villes, devant un large public, s’inscrivent dans une tradition artistique où le conte, la satire et la liberté de ton occupent une place importante.

D’anciennes œuvres remises en cause

Selon les informations diffusées par plusieurs personnes proches du dossier, les propos aujourd’hui incriminés proviendraient d’anciennes représentations théâtrales qui avaient été jouées publiquement sans susciter, à l’époque, de réaction particulière. Ces contenus auraient récemment été exhumés et largement relayés sur plusieurs pages Facebook avant de donner lieu, selon ces mêmes sources, à l’interpellation de l’artiste.

Cette affaire intervient dans un contexte de multiplication des controverses autour de contenus jugés offensants envers la religion et de recours à l’article 144 bis 2 du Code pénal, qui réprime notamment l’offense aux préceptes de l’islam.

Une arrestation qui suscite des réactions

L’annonce de cette interpellation a provoqué de nombreuses réactions de solidarité.

Des militants des droits humains dénoncent une nouvelle atteinte à la liberté d’expression et à la liberté de création artistique. Plusieurs rappellent avoir déjà défendu devant les tribunaux des personnes poursuivies pour non-jeûne, athéisme, appartenance à la communauté ahmadie ou conversion au christianisme, estimant que les poursuites fondées sur les infractions d’offense à la religion portent atteinte aux libertés fondamentales.

L’un des soutiens d’Akli Outamazirt, qui affirme le connaître personnellement, souligne avoir toujours défendu les libertés publiques, y compris lorsqu’elles concernaient des personnes dont il ne partageait pas les opinions. Selon lui, la protection de la liberté d’expression ne saurait dépendre des convictions de celles et ceux qui en bénéficient.

Un débat sur la liberté de création

Au-delà du cas individuel d’Akli Outamazirt, cette affaire relance le débat sur la place de la création artistique et de la liberté d’expression en Algérie.

De nombreux observateurs rappellent que les contes populaires, les chansons, la poésie et le théâtre ont souvent abordé des sujets religieux, sociaux ou politiques avec ironie, humour ou irrévérence. Ils s’inquiètent de voir d’anciennes œuvres culturelles réévaluées à l’aune de sensibilités contemporaines et dénoncent ce qu’ils considèrent comme une forme de censure rétrospective.

Pour plusieurs acteurs du monde culturel, une telle évolution pourrait conduire à remettre en cause une partie importante du patrimoine oral et artistique amazigh, dont certaines œuvres utilisent depuis longtemps la satire ou la transgression comme procédés d’expression.

Des appels à la confirmation des faits

En l’absence de communication officielle, plusieurs voix appellent toutefois à la prudence et demandent que les circonstances exactes de l’interpellation soient établies.

Si son arrestation est confirmée, des organisations et militants annoncent déjà leur solidarité avec Akli Outamazirt et sa famille. Ils appellent également au respect des libertés fondamentales, à la protection de la liberté de création et à la libération des personnes détenues pour leurs opinions ou leurs expressions artistiques.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte où les poursuites visant des journalistes, artistes, militants et universitaires alimentent un débat croissant sur l’état des libertés publiques en Algérie et sur les limites de la liberté d’expression, notamment lorsqu’elle touche aux questions religieuses.

Source : Saïd Salhi.

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