Près de 25 millions d’Algériens étaient appelés aux urnes ce 2 juillet pour renouveler les 407 sièges de l’Assemblée populaire nationale (APN). Mais, derrière la mécanique électorale orchestrée par les autorités, peu d’observateurs s’attendaient à un véritable suspense. Dans un paysage politique largement verrouillé, où l’opposition est affaiblie par les invalidations de candidatures, les poursuites judiciaires visant plusieurs de ses figures et un espace public de plus en plus restreint, les partis proches du pouvoir apparaissent comme les grands favoris d’un scrutin dont l’issue semble écrite d’avance.
Le principal enjeu de ces élections n’est plus la conquête d’une majorité parlementaire, mais la participation. Depuis l’élection d’Abdelmadjid Tebboune en 2019, tous les scrutins organisés en Algérie se sont caractérisés par une abstention croissante, reflet d’une profonde crise de confiance entre les citoyens et les institutions. Après le souffle démocratique du Hirak, qui avait mobilisé des millions d’Algériens pour réclamer un changement radical du système politique, une large partie de la population considère désormais que les urnes ne permettent plus d’influer sur les orientations du pays.
Cette défiance s’est matérialisée tout au long d’une campagne électorale sans relief. Dans les grandes villes comme dans les communes de l’intérieur, les affiches sont restées presque invisibles, les meetings se sont souvent déroulés devant des salles à moitié vides et les candidats ont peiné à susciter le moindre enthousiasme. Les débats sur les grands défis du pays : dépendance aux hydrocarbures, inflation, chômage des jeunes, crise du logement ou réforme des institutions, ont été largement éclipsés par une communication politique sans véritable confrontation d’idées.
Pour l’opposition, cette absence de dynamique n’est pas le fruit du hasard. Plusieurs partis dénoncent un processus électoral profondément déséquilibré, marqué par l’invalidation de nombreuses candidatures et des conditions de compétition qu’ils jugent incompatibles avec un véritable pluralisme. Ils estiment que le verrouillage progressif de la vie politique transforme les élections en simple exercice de légitimation institutionnelle plutôt qu’en un réel moment de choix démocratique.
Depuis la fin des grandes manifestations du Hirak, les marges d’expression se sont considérablement réduites. Journalistes, militants, avocats, responsables associatifs et défenseurs des droits humains ont été poursuivis ou emprisonnés dans plusieurs affaires liées à leurs prises de parole ou à leur engagement politique.
Dans ces conditions, l’abstention apparaît pour de nombreux citoyens comme une forme d’expression politique. Refuser de participer devient, pour une partie de l’électorat, une manière de signifier son rejet d’un système considéré comme fermé et incapable de répondre aux aspirations nées du mouvement populaire de 2019. Plus que l’indifférence, c’est un sentiment de résignation qui semble s’être installé dans une société où beaucoup doutent désormais de la capacité du Parlement à exercer un véritable contre-pouvoir face à l’exécutif.
Au-delà de la répartition des 407 sièges de l’Assemblée populaire nationale, ces législatives interrogent une nouvelle fois la vitalité démocratique du pays. Pour de nombreux observateurs, un Parlement élu dans un contexte de faible participation et de concurrence politique limitée risque de voir sa légitimité encore davantage fragilisée. À leurs yeux, aucune réforme institutionnelle ne pourra restaurer durablement la confiance sans une ouverture réelle du champ politique, la garantie des libertés publiques, le respect du pluralisme et la possibilité, pour toutes les sensibilités politiques, de concourir dans des conditions véritablement équitables.
Sept ans après le Hirak, le contraste est saisissant : les manifestations ont disparu des rues, mais les revendications qui les avaient fait naître : un État de droit, une justice indépendante, des institutions représentatives et une véritable alternance politique, demeurent sans réponse. Dans ce contexte, une abstention massive ne constituerait pas seulement un désintérêt pour les urnes ; elle pourrait être interprétée comme le symptôme d’une crise durable de légitimité entre les gouvernants et une partie croissante de la société algérienne.
Source : Les échos