Bloqué en Algérie depuis près de 28 mois et détenu depuis près de 15 mois, Christophe Gleizes est toujours derrière les barreaux. Journaliste sportif français, collaborateur de So Foot et Society, il purge une peine de sept ans de prison ferme, confirmée en appel, dans une affaire liée à son travail journalistique sur le football kabyle. Reporters sans frontières (RSF) dénonce sa détention et réclame sa libération. Derrière son cas se pose une question fondamentale : jusqu’où peut aller la criminalisation du travail journalistique en Algérie ?
Christophe Gleizes n’était pas venu en Algérie pour mener une activité politique. Journaliste sportif et spécialiste du football africain, il s’était rendu à Tizi Ouzou en mai 2024 dans le cadre de son travail, notamment pour préparer un reportage consacré à la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) et à son histoire.
Le 28 mai 2024, il est arrêté, puis placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire algérien. Commence alors une situation qui l’empêche de rentrer en France et qui dure plus d’un an.
Le 29 juin 2025, sa situation bascule : le tribunal de Tizi Ouzou le condamne à sept années de prison ferme avec mandat de dépôt, notamment pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ». Il est immédiatement incarcéré.
Le 3 décembre 2025, la cour d’appel de Tizi Ouzou confirme sa condamnation à sept ans de prison ferme.
Ainsi, au 23 septembre 2026, Christophe Gleizes est bloqué en Algérie depuis près de 28 mois et emprisonné depuis près de 15 mois.
Des contacts journalistiques transformés en éléments à charge
Au cœur du dossier figurent notamment des échanges avec un responsable lié au club de football de Tizi Ouzou, également membre du MAK , organisation classée comme terroriste par les autorités algériennes en 2021.
Mais RSF souligne un élément essentiel : plusieurs des contacts reprochés au journaliste remontent à une période antérieure à cette classification. Selon l’organisation, les échanges intervenus dans le cadre de son travail relevaient quant à eux de la préparation de ses recherches journalistiques.
Cette chronologie soulève une préoccupation majeure en matière de liberté de la presse. Le travail journalistique suppose précisément de pouvoir entrer en contact avec des personnes aux profils, opinions et appartenances diverses.
Interroger une personne, recueillir son témoignage ou maintenir avec elle un contact professionnel ne signifie pas adhérer à ses idées.
C’est précisément ce que dénonce RSF, qui considère les accusations portées contre Christophe Gleizes comme infondées et estime qu’il n’a fait qu’exercer son métier de journaliste.
Le cas Gleizes dépasse ainsi la situation individuelle d’un journaliste français. Il interroge directement la possibilité, pour les journalistes algériens comme étrangers, de travailler sur des sujets considérés comme sensibles sans craindre que leurs sources, leurs entretiens ou leurs recherches soient ultérieurement interprétés comme des actes criminels.
Sept ans de prison : une peine qui frappe aussi la liberté d’informer
La sévérité de la condamnation est particulièrement préoccupante. Sept années de privation de liberté représentent une partie considérable d’une vie pour un journaliste dont les soutiens affirment que les faits reprochés sont directement liés à l’exercice de son métier.
Depuis son incarcération, Christophe Gleizes a vu son existence suspendue : sa famille, ses proches, son travail et les événements sportifs qu’il aurait dû couvrir continuent sans lui.
Cette réalité a pris une dimension particulièrement symbolique pendant la Coupe du monde 2026. Une accréditation officielle a été délivrée à son nom afin qu’il puisse couvrir la compétition pour So Foot. Pendant que des journalistes venus du monde entier rejoignaient les stades aux États-Unis, au Canada et au Mexique, Christophe Gleizes demeurait emprisonné en Algérie.
La FIFA et son président, Gianni Infantino, se sont également exprimés publiquement sur sa situation et en faveur de sa libération.
Une chaise vide dans une tribune de presse est alors devenue le symbole d’une absence qui ne devrait jamais être banalisée : celle d’un journaliste empêché d’exercer son métier parce qu’il est en prison.
Une mobilisation qui ne faiblit pas
Depuis sa condamnation, la mobilisation a largement dépassé le seul milieu journalistique. RSF, sa famille, des journalistes, des écoles de journalisme, des clubs de football, la Fédération française de football ainsi que de nombreuses personnalités du sport et de la culture se sont mobilisés en faveur de sa libération.
Le 22 mai 2026, à l’occasion de la finale de la Coupe de France, une importante action de soutien a notamment été organisée autour de Christophe Gleizes.
Le 29 juin 2026, exactement un an après son incarcération, RSF et son comité de soutien ont renouvelé leur appel à sa libération.
Christophe Gleizes ayant renoncé à son pourvoi en cassation, l’espoir de ses proches repose notamment sur la possibilité d’une grâce présidentielle.
Mais au-delà de la voie de la grâce, cette affaire ne doit pas faire oublier le problème de fond. La liberté d’un journaliste ne devrait pas dépendre d’une faveur politique lorsque les actes qui lui sont reprochés relèvent, selon les organisations qui le défendent, de l’exercice de son métier.
Riposte Internationale appelle à la libération de Christophe Gleizes
Pour Riposte Internationale, le maintien en détention de Christophe Gleizes est profondément préoccupant au regard de la liberté de la presse et du droit à l’information.
Une société dans laquelle un journaliste doit craindre que le choix de ses interlocuteurs, ses recherches ou ses entretiens puissent être assimilés à un soutien aux personnes qu’il rencontre crée inévitablement un climat d’autocensure.
Ce risque ne concerne pas uniquement les journalistes étrangers. Il concerne également les journalistes algériens et, plus largement, tous les professionnels de l’information amenés à travailler sur des sujets sensibles en Algérie.
La lutte contre le terrorisme et la protection de la sécurité nationale relèvent des responsabilités de l’État. Elles ne sauraient cependant conduire à effacer une distinction fondamentale : informer sur une organisation ne signifie pas la soutenir ; interroger une personne ne signifie pas adhérer à ses opinions ; documenter une réalité ne signifie pas faire de la propagande.
Riposte Internationale demande la libération de Christophe Gleizes et exprime sa solidarité avec lui, sa famille, ses proches et l’ensemble des journalistes mobilisés en sa faveur.
Bloqué en Algérie depuis près de 28 mois, dont près de 15 mois derrière les barreaux, Christophe Gleizes a déjà été éloigné de sa famille, de ses proches et de son métier pendant une période considérable.
Chaque journée supplémentaire passée en détention alourdit encore cette situation.
Christophe Gleizes aurait dû être dans les tribunes, sur les terrains et auprès de ses confrères pour raconter le football.
Sa place est auprès de sa famille et dans les stades. Elle n’est pas dans une cellule.
Le 23 septembre 2026.