COMMUNIQUE : QUAND LA ROBE NOIRE, SYMBOLE DE JUSTICE ET DE DIGNITÉ, SE RETROUVE ELLE-MÊME MENACÉE !

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La profession d’avocat n’est pas un simple métier. Elle est une mission noble, un engagement au service de la justice, des libertés et de la dignité humaine. L’avocat est bien plus qu’un défenseur devant les tribunaux : il est l’un des derniers remparts contre l’arbitraire, une voix face à l’injustice et un acteur indispensable à la préservation de l’État de droit.
L’histoire récente de l’Algérie en témoigne. Lors du Hirak populaire de 2019, les avocates et les avocats ont joué un rôle remarquable. Ils ont investi les tribunaux, défendu bénévolement des centaines de manifestants et de détenus d’opinion, affronté les pressions et porté, avec courage et détermination, les aspirations populaires à la justice, à la dignité et à la liberté. La robe noire est alors devenue l’un des symboles les plus forts de la résistance pacifique, de la solidarité et de la défense des droits fondamentaux.
Aujourd’hui, cette même robe noire se retrouve confrontée à une situation particulièrement préoccupante.
Le communiqué du Conseil de l’Ordre des avocats de Ouargla, daté du 30 octobre 2026, constitue un véritable signal d’alarme. Il dénonce notamment les dysfonctionnements affectant le tribunal criminel de première instance de Ouargla ainsi que les poursuites pénales engagées par le parquet contre des avocats pour des faits présentés comme étant liés à l’exercice de leur profession, notamment dans le ressort judiciaire d’El Oued.
Malgré les démarches entreprises pour trouver des solutions, notamment une correspondance adressée le 27 octobre 2026 au président de la cour de Ouargla, le Conseil de l’Ordre indique avoir été contraint d’envisager des mesures de protestation pouvant aller jusqu’à la non-comparution des avocats aux audiences pénales.
Face à cette situation, le Conseil a décidé, à compter du 8 novembre 2026, de geler les désignations au titre de l’assistance judiciaire devant les tribunaux criminels des trois ressorts judiciaires de Ouargla, El Oued et Illizi, ainsi que de suspendre l’assistance judiciaire en matière pénale devant la Cour suprême.
Une telle décision ne saurait être réduite à un simple désaccord institutionnel. Elle révèle la profondeur des tensions entre les représentants de la profession d’avocat et certaines autorités judiciaires. Elle soulève également des interrogations légitimes sur les garanties entourant l’exercice des droits de la défense et sur les conséquences de cette situation pour les justiciables, notamment les plus vulnérables.
Car lorsqu’un avocat doit craindre des poursuites en raison de l’exercice légitime de sa mission, ce n’est pas seulement son indépendance qui est menacée : c’est le droit de chaque citoyen à une défense libre, effective et équitable qui risque d’être fragilisé.
Les Principes de base des Nations unies relatifs au rôle du barreau, adoptés en 1990, sont pourtant explicites : les pouvoirs publics doivent garantir aux avocats la possibilité d’exercer leurs fonctions professionnelles sans intimidation, entrave, harcèlement ni ingérence injustifiée. Ils rappellent également que les avocats ne doivent pas être assimilés à leurs clients ou aux causes qu’ils défendent.
Ces garanties ne sont ni des privilèges ni des faveurs accordées à une profession. Elles constituent des conditions fondamentales du droit à un procès équitable et de l’existence même d’une justice indépendante.
La noblesse de la profession d’avocat mérite davantage que des hommages de circonstance ou des déclarations solennelles. Elle exige des garanties concrètes, le respect de son indépendance, la protection de celles et ceux qui exercent leur mission avec conscience et courage, ainsi que la fin de toute forme de pression ou d’intimidation liée à l’exercice légitime des droits de la défense.
Il est également essentiel que toute mobilisation destinée à protéger l’indépendance des avocats préserve les droits des justiciables, particulièrement ceux qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour assurer leur défense.
Défendre les avocats, ce n’est pas défendre une corporation. C’est défendre la justice elle-même, les libertés fondamentales et le droit de chaque citoyen à ne jamais se retrouver seul face à l’arbitraire.
L’histoire nous enseigne qu’une société dans laquelle les avocats sont empêchés d’exercer librement leur mission est une société où les droits et les libertés de tous deviennent plus vulnérables.
Car lorsque la robe noire, dernier rempart contre l’arbitraire, se retrouve elle-même menacée, c’est toute la justice qui risque de perdre sa voix.

Source : Riposte Internationale

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