Né le 13 octobre 1962 au village de Tiferdoud, dans la commune d’At Vuyusef, région de Aïn El Hammam, en Kabylie, Kamel Amzal, dit Madjid, était un jeune militant engagé dans la défense de l’identité amazighe, des libertés démocratiques, de la liberté de conscience et du droit de chacun à vivre et à penser librement.
Le 2 novembre 1982, à la cité universitaire de Ben Aknoun, à Alger, Kamel Amzal est sauvagement assassiné par des intégristes islamistes. Il n’avait que 20 ans.
Son assassinat constitue l’un des premiers crimes emblématiques de la violence intégriste qui allait progressivement s’installer en Algérie, avant de plonger le pays dans la tragédie sanglante des années 1990.
Kamel Amzal n’était ni armé ni violent. Son seul combat était celui des idées, de la liberté, de la démocratie et de la dignité humaine.
Il appartenait à cette génération de jeunes militants qui, dans le prolongement du Printemps berbère d’avril 1980, revendiquaient la reconnaissance de l’identité amazighe, le respect des libertés fondamentales, le pluralisme politique et la construction d’une Algérie démocratique, débarrassée de toutes les formes d’autoritarisme et d’obscurantisme.
Son assassinat n’était pas un simple fait divers. Il révélait déjà la montée d’une idéologie de haine, d’intolérance et d’exclusion, qui considérait toute pensée différente comme une menace à éliminer.
PLUS GRAVE ENCORE : L’IMPUNITÉ ET LA RESPONSABILITÉ DU POUVOIR
L’assassin de Kamel Amzal, Lassouli Fath-Allah, condamné à huit années de prison, a bénéficié d’une grâce présidentielle 3 ans après sa condamnation.
Cette décision demeure une blessure profonde dans la mémoire de celles et ceux qui ont connu Kamel Amzal et partagé ses idéaux.
L’homme condamné pour son assassinat aurait ensuite rejoint les rangs de la mouvance islamiste radicale, puis les maquis djihadistes durant les années 1990, avant de trouver la mort, selon plusieurs récits, en 1995.
Ce parcours tragique soulève une question fondamentale : combien de violences auraient pu être évitées si les premiers crimes de l’intégrisme avaient été combattus avec la fermeté nécessaire, au lieu d’être minimisés ou de bénéficier de mesures de clémence ?
L’assassinat de Kamel Amzal annonçait déjà les heures les plus sombres que l’Algérie allait traverser. Les intellectuels, les journalistes, les universitaires, les artistes, les syndicalistes, les militants démocrates et des milliers de citoyens allaient devenir les cibles d’une violence terroriste qui a endeuillé des familles entières et profondément marqué l’histoire contemporaine du pays.
KAMEL AMZAL, UNE MÉMOIRE QUI REFUSE DE MOURIR
Quarante-quatre années se sont écoulées depuis ce crime odieux. Pourtant, le nom de Kamel Amzal continue de résonner comme un symbole de courage, de résistance et de fidélité aux valeurs universelles de liberté.
Il représente cette jeunesse qui refusait de choisir entre l’autoritarisme politique et le fanatisme religieux, cette jeunesse qui aspirait à une Algérie libre, démocratique, pluraliste et respectueuse de toutes ses composantes culturelles et identitaires.
Son assassinat nous rappelle que l’intolérance commence souvent par le refus de la différence, se nourrit de la haine et peut finir par la suppression physique de celles et ceux qui osent penser autrement.
Aujourd’hui encore, alors que les libertés démocratiques demeurent fragiles et que les défenseurs des droits humains continuent de subir différentes formes de répression, le combat de Kamel Amzal conserve toute son actualité.
Lui rendre hommage ne consiste pas seulement à rappeler les circonstances de sa disparition. C’est aussi réaffirmer notre refus de toutes les formes de fanatisme, de violence politique, d’impunité et d’instrumentalisation de la religion à des fins de domination.
C’est défendre sans relâche la liberté de conscience, la liberté d’expression, l’égalité des citoyens et le droit de chaque individu à vivre dans la dignité, quelles que soient ses convictions.
Kamel Amzal avait 20 ans. On lui a arraché la vie, mais personne n’a réussi à faire disparaître les idées pour lesquelles il s’était engagé.
Son nom appartient désormais à la mémoire collective des luttes démocratiques dans notre pays, terre de résistance, de dignité et de combats pour les libertés.
En ce 44ᵉ anniversaire de son assassinat, nous nous inclinons avec respect devant sa mémoire et devant celle de toutes les victimes de l’intolérance et de la violence politique et idéologique .
Nous réaffirmons notre attachement indéfectible à une état de droit, libre, pluraliste, où nul ne sera inquiété pour ses opinions, son identité, sa langue ou ses convictions.
Gloire à la mémoire de Kamel Amzal !
Ni oubli, ni banalisation, ni impunité !
RIPOSTE INTERNATIONALE