Il y a des disparitions qui nous attristent. Et puis il y a celles qui nous laissent profondément désemparés, parce qu’elles emportent avec elles une présence, une voix, une bienveillance et une part de notre propre histoire.
En ce quarantième jour depuis la disparition de Boukhalfa Ben Mamer, je ressens le besoin de lui rendre hommage et de rappeler l’homme que j’ai eu la chance de connaître.
J’ai rencontré Boukhalfa dans des circonstances militantes. J’ai découvert un homme calme, posé, réfléchi, profondément intelligent, mais surtout profondément humain.
Il n’avait pas besoin d’élever la voix pour se faire entendre. Sa force résidait dans la solidité de ses arguments, la constance de ses convictions et la sérénité avec laquelle il les défendait.
Boukhalfa était un homme de conviction, mais aussi un homme de dialogue. Je me souviens de ses interventions toujours mesurées et de cette manière qu’il avait de défendre fermement ses idées sans jamais humilier celui qui pensait autrement.
Il savait écouter, discuter et accepter le désaccord. Dans une époque où la différence d’opinion devient trop souvent une raison d’affrontement, il rappelait, par son comportement, qu’il était possible de défendre ses convictions tout en respectant profondément l’autre.
Son engagement pour son pays était sincère. Il avait également fait de la défense des droits humains, des libertés et de la dignité de chaque citoyen une dimension essentielle de son engagement. Il fut notamment l’un des membres fondateurs et l’un des piliers de l’ONG Ripostes Internationales, au sein de laquelle il a contribué, avec constance, à la défense des droits humains et des libertés.
Il souhaitait voir l’Algérie devenir un pays où ses enfants pourraient vivre libres, dignes, dans la justice, la démocratie et la prospérité.
Il croyait qu’un autre avenir était possible et avait choisi de ne pas rester spectateur.
C’est aussi pour cela que sa disparition nous touche autant. Nous ne perdons pas seulement un militant ou un compagnon de convictions, mais une présence, une voix et un regard qui ont compté pour ceux qui ont eu la chance de partager son chemin.
Au-delà de la tristesse, il restera de Boukhalfa ses convictions, sa dignité, son courage et cette volonté de croire en un avenir meilleur pour notre pays.
Une vie s’achève, mais les valeurs auxquelles un homme a consacré son existence continuent de vivre dans la mémoire de ceux qui l’ont connu.
À sa famille, à ses proches et particulièrement à sa fille, j’adresse mes condoléances les plus sincères et les plus attristées. Aucun mot ne peut véritablement apaiser une telle douleur. Je veux simplement leur dire que Boukhalfa ne sera pas oublié.
Repose en paix, cher Boukhalfa.
Que la terre te soit légère.