Portrait : Chérif Mellal, du rêve de grandeur pour la JS Kabylie à l’épreuve de la prison

Retour à  Accueil 

Homme d’affaires, ancien président de la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK), Chérif Mellal est devenu, malgré lui, l’une des figures d’une justice algérienne dont les pratiques suscitent de nombreuses interrogations. Derrière les condamnations et les procédures judiciaires se dessine le parcours d’un homme dont les ambitions sportives ont progressivement laissé place à un combat pour sa liberté.

Avant de devenir un nom associé aux tribunaux, Chérif Mellal était surtout connu pour son ambition de redonner à la JS Kabylie son prestige d’antan. Fort d’un parcours entrepreneurial entre l’Allemagne et le Luxembourg, il prend les rênes du club avec la volonté de le restructurer et de lui rendre sa place parmi les grandes formations du football algérien. Affirmant avoir engagé ses propres ressources financières dans cette aventure, il incarne alors une certaine idée du renouveau sportif kabyle. Mais son passage à la tête de la JSK, marqué par des tensions internes, s’achève par son éviction.


En Kabylie, toutefois, le football dépasse largement les limites du terrain. La JSK est aussi un symbole d’identité et de fierté régionale. Dans ce contexte, la trajectoire de Chérif Mellal prend une dimension particulière. Ses prises de position publiques et ses liens présumés avec des personnalités proches du (MAK), classé organisation terroriste par les autorités algériennes, alimentent les controverses autour de sa personne.


Le tournant intervient le 19 janvier 2023, lorsqu’il est placé en détention. Dès lors, les procédures judiciaires se succèdent. Poursuivi notamment pour atteinte à l’unité nationale, accusation dont il sera relaxé en janvier 2024, il fait également face à des accusations financières liées aux mouvements de capitaux et au blanchiment d’argent. En septembre 2026, la Cour d’Alger confirme une condamnation à quatre ans de prison ferme, selon la chronologie rapportée. Lui conteste les faits reprochés, tandis que ses avocats dénoncent des irrégularités procédurales.


Pour ses soutiens, ces poursuites ne sauraient être dissociées du climat politique algérien et des tensions persistantes entre le pouvoir central et certains milieux militants kabyles. Ils voient en Chérif Mellal un détenu d’opinion, victime d’un acharnement judiciaire. Une lecture politique que les accusations financières, à elles seules, ne permettent cependant ni de confirmer ni d’écarter.


Derrière cette bataille judiciaire se joue également un drame humain. En prison, Chérif Mellal entreprend plusieurs grèves de la faim pour protester contre sa détention et les conditions de son traitement judiciaire. Son état de santé, décrit comme préoccupant par ses soutiens, devient un autre sujet d’inquiétude. Au-delà de sa situation personnelle, son cas interroge les garanties d’un procès équitable, les droits des détenus et les obligations de l’État envers les personnes privées de liberté.

De dirigeant sportif porteur d’ambitions à prisonnier engagé dans une bataille judiciaire, Chérif Mellal a vu son destin basculer. Son parcours raconte désormais bien davantage que les difficultés d’un ancien président de club : il cristallise les tensions entre justice, pouvoir et expression politique en Algérie. Reste une question essentielle : celle de savoir si les procédures engagées contre lui relèvent exclusivement de la répression d’infractions financières ou si elles portent aussi l’empreinte d’un conflit politique plus profond.

Source : Riposte internationale.

Soutenez notre combat

Chaque don compte pour nos combats juridiques.
➔ Je soutiens l’association