À la veille de sa comparution devant la justice antiterroriste tunisienne, plusieurs syndicats français de journalistes appellent à la libération immédiate de Zied El-Heni. Détenu depuis avril 2026 et déjà condamné à un an de prison dans une autre procédure, le journaliste fait désormais face à de lourdes accusations liées à l’affaire dite des « Audio Leaks ». Riposte Internationale exprime sa préoccupation face à l’utilisation de procédures pénales contre des journalistes dans le cadre de leur activité professionnelle et rappelle que la protection des sources constitue une garantie essentielle de la liberté de la presse.
Le Syndicat national des journalistes (SNJ), le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et le Syndicat général des journalistes FO (SGJ-FO), tous membres de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), ont publié jeudi 24 septembre un communiqué commun demandant la libération immédiate de Zied El-Heni et l’abandon des poursuites engagées contre lui. Les quatre organisations dénoncent ce qu’elles qualifient d’« acharnement judiciaire » contre cette figure de la presse tunisienne.
Une nouvelle comparution dans l’affaire des « Audio Leaks »
Zied El-Heni doit comparaître ce vendredi 25 septembre 2026 devant la chambre spécialisée dans les affaires de terrorisme du Tribunal de première instance de Tunis. Cette procédure concerne l’affaire dite des « Audio Leaks », portant sur un enregistrement diffusé en 2023 et attribué à l’ancien responsable d’Ennahdha Mondher Ounissi et à la journaliste Chahrazed Akacha.
Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Zied El-Heni avait expliqué avoir contacté différentes personnes concernées par l’enregistrement afin d’en vérifier l’authenticité et de recouper les informations avant leur éventuelle diffusion. Initialement entendu comme témoin en mars 2024, il a ensuite vu son statut évoluer vers celui de suspect. Sa défense soutient que son intervention relevait d’un travail journalistique de vérification des informations et qu’il a refusé de révéler ses sources.
Il fait aujourd’hui face à quatre chefs d’accusation liés au terrorisme. Le CPJ indique que ces poursuites peuvent exposer le journaliste à une peine extrêmement lourde, pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité.
Détenu depuis avril 2026
Cette affaire intervient alors que Zied El-Heni est déjà emprisonné dans le cadre d’une procédure distincte. Arrêté le 24 avril 2026, puis placé en détention, il a été condamné le 7 mai à un an de prison sur le fondement de l’article 86 du Code des télécommunications, après des propos critiques concernant une décision judiciaire. La condamnation a été confirmée en appel le 26 juin. Amnesty International considère que cette condamnation sanctionne l’exercice de sa liberté d’expression et réclame également sa libération immédiate et sans condition.
Pour les organisations syndicales françaises, les nouvelles poursuites visant Zied El-Heni soulèvent directement la question du secret des sources journalistiques. Elles estiment que son refus de communiquer des informations relatives à ses sources ne devrait pas pouvoir être assimilé à une activité criminelle.
Une pression croissante sur la presse tunisienne
Le cas de Zied El-Heni dépasse ainsi sa situation individuelle. Selon le CPJ, quatre journalistes sont actuellement emprisonnés en Tunisie : Zied El-Heni, Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies et Mohamed Yousfi. L’organisation relève également que plusieurs autres journalistes ont été condamnés à des peines de prison tout en demeurant libres ou en exil.
La Fédération internationale des journalistes avait déjà demandé en juin la libération immédiate de Zied El-Heni et appelé les autorités tunisiennes à garantir l’indépendance du travail journalistique et à mettre fin à la criminalisation des opinions et des activités médiatiques.
Riposte Internationale appelle au respect de la liberté de la presse
Riposte Internationale s’associe aux préoccupations exprimées par les organisations de journalistes et appelle les autorités tunisiennes à garantir pleinement les droits de Zied El-Heni, notamment son droit à un procès équitable et au respect des garanties attachées à l’exercice de la profession journalistique.
La protection des sources, la liberté d’enquêter, de vérifier des informations et d’informer le public constituent des garanties indispensables à l’exercice d’une presse libre et indépendante. Le recours à des qualifications liées au terrorisme dans une affaire où la défense affirme que les actes reprochés relèvent du travail journalistique appelle, à ce titre, une vigilance particulière.
Riposte Internationale appelle à la libération immédiate de Zied El-Heni et demande l’abandon de toute poursuite qui serait fondée sur le seul exercice légitime de son métier de journaliste ou sur son refus de révéler ses sources.
Notre organisation exprime également sa solidarité avec l’ensemble des journalistes tunisiens confrontés à des poursuites en raison de leur travail et rappelle que la liberté de la presse, la protection des sources et le droit des citoyens à une information libre et pluraliste sont des composantes fondamentales des droits humains et de l’État de droit.
Le 25 septembre 2026.