L’arrestation du journaliste et rédacteur en chef du site Al Qatiba, Mohamed Yousfi, suscite une mobilisation croissante en Tunisie. Arrêté le 4 septembre alors qu’il se rendait à la radio Express FM pour participer à une émission consacrée à la crise de l’eau, il a été placé en détention le 8 septembre dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des soupçons de blanchiment d’argent, d’enrichissement illicite et d’association de malfaiteurs.
Le 8 septembre, plusieurs dizaines de journalistes et de défenseurs de la liberté de la presse se sont rassemblés à Tunis pour réclamer sa libération et demander le respect de ses droits.
Des accusations supposément fondées sur des publications Facebook
Selon une enquête publiée le 14 septembre par Inkyfada, deux documents judiciaires datés du 4 septembre sont au cœur de la procédure : un rapport du ministère public et une décision d’ouverture d’une information judiciaire du Pôle judiciaire économique et financier. Pour étayer certains soupçons concernant la situation financière du journaliste, le rapport cite une publication Facebook et un commentaire publiés quelques jours avant son arrestation. Or, selon Inkyfada, le nom de Mohamed Yousfi n’apparaît explicitement dans aucun de ces deux contenus.
Le rapport ne préciserait pas non plus sur quelle base ces publications ont été attribuées au journaliste. Le média indique par ailleurs n’avoir trouvé, dans les documents consultés, ni document financier, ni registre de propriété, ni rapport d’audit permettant à ce stade de corroborer les accusations d’enrichissement ou de financement illicite.
La défense conteste ainsi la solidité du dossier. L’avocate Hela Ben Salem estime notamment que la qualification de « flagrant délit permanent » retenue dans le dossier ne serait pas juridiquement justifiée.
L’état de santé du journaliste inquiète ses proches
L’affaire revêt également une dimension sanitaire. Selon le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) et le comité de défense, l’état de santé de Mohamed Yousfi s’est détérioré le 8 septembre alors qu’il se trouvait au Pôle judiciaire économique et financier. Il avait subi une intervention chirurgicale urgente dans la nuit suivant son arrestation, toutefois ses avocats affirment qu’il n’aurait pas disposé des médicaments et du matériel médical nécessaires à la poursuite de son traitement. Un médecin de la Protection civile aurait finalement été appelé en raison de l’aggravation de ses douleurs, empêchant la poursuite de son interrogatoire.
Le SNJT affirme également que son placement en détention serait intervenu alors que l’interrogatoire n’était pas terminé et que les avocats n’avaient pas achevé leur plaidoirie. Le syndicat demande un examen de ces circonstances, et Riposte Internationale dénonce une justice expéditive, arbitraire et hors des procédures légales.
Une mobilisation qui s’élargit
Le 9 septembre, le SNJT a également dénoncé le refus, selon lui, de la prison civile de Mornaguia de valider le permis de visite délivré à l’épouse du journaliste. Le syndicat affirme que celle-ci n’aurait ainsi pas pu lui rendre visite à l’hôpital ni lui apporter ses médicaments et ses effets personnels. Des syndicats de journalistes tunisiens et étrangers ont appelé à garantir la sécurité et les droits de Mohamed Yousfi et à sa libération.
L’affaire intervient dans un contexte de fortes tensions autour de la liberté de la presse en Tunisie. Depuis plusieurs années, des journalistes, militants et responsables associatifs font l’objet de poursuites judiciaires, tandis que les autorités affirment agir dans le cadre de procédures pénales.
Pour Mohamed Yousfi, la justice poursuit désormais son enquête, mais à ce stade les accusations restent soumises à l’instruction.
Riposte Internationale adresse tout son soutien à Mohamed Yousfi et à ses proches, et réclame sa libération. Cette affaire révèle le climat de grave atteinte à la liberté de la presse, d’expression et au droit à une justice équitable et transparente, qui a lieu en Tunisie.
Sources : Inkyfada, France 24, RFI.