Tunisie : une lettre ouverte demande au chef d’État algérien Tebboune de revoir son soutien à Kaïs Saïed

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Une nouvelle voix s’élève en Tunisie pour demander à Alger de prendre ses distances avec le pouvoir de Kaïs Saïed. Dix personnalités tunisiennes ont adressé, le 5 août, une lettre ouverte au chef d’État algérien Tebboune, dans laquelle elles mettent en garde contre un soutien politique au président tunisien.

Le message est toutefois loin de remettre en cause les relations entre les deux pays. Les auteurs de la lettre insistent au contraire sur l’importance de l’entente tuniso-algérienne, notamment en matière de sécurité. Leur démarche porte principalement sur la position politique adoptée par Alger à l’égard de Tunis.

« L’Algérie est un pays frère »

Les signataires reconnaissent la proximité particulière entre les deux États. Pour eux, la coopération sécuritaire et la défense de la stabilité régionale restent indispensables, notamment compte tenu de la frontière commune et de l’histoire qui lie les deux peuples.

C’est justement au nom de cette relation privilégiée qu’ils interpellent le chef d’État algérien Tebboune.

Ils lui demandent de ne pas confondre la stabilité de la Tunisie avec le maintien du système politique actuel. Selon eux, les déclarations favorables à Kaïs Saïed donnent le sentiment qu’Alger apporte une caution à une politique qui a profondément transformé les institutions tunisiennes depuis 2021.

Le dossier des libertés au centre des critiques

La lettre revient sur les poursuites visant depuis plusieurs années des opposants, des journalistes, des avocats, des militants et d’autres personnalités publiques.

Les auteurs considèrent que cette situation a entraîné une dégradation du climat politique tunisien, avec des arrestations, des procès et, dans certains cas, le départ de personnalités vers l’étranger.

Pour les signataires, l’Algérie pourrait jouer un autre rôle : celui d’un voisin et partenaire encourageant le dialogue politique plutôt que celui d’un allié apportant son soutien au pouvoir en place.

Une prise de position qui dépasse les partis

La démarche réunit des personnalités aux parcours différents, parmi lesquelles d’anciens responsables politiques, des représentants du monde juridique et médical, des acteurs associatifs et un journaliste.

Cette diversité donne à la lettre une portée qui dépasse le cadre d’une opposition strictement partisane. Tous défendent cependant une même idée : la coopération entre Tunis et Alger doit se poursuivre, mais elle ne devrait pas empêcher les critiques concernant la situation politique tunisienne.

Les signataires estiment également que la démocratie peut constituer un facteur de stabilité pour les deux pays et pour l’ensemble du Maghreb.

Alger face à une demande de clarification

La question posée au chef d’État algérien Tebboune intervient dans un contexte régional particulièrement sensible. Depuis le tournant politique de 2021, Kaïs Saïed a renforcé son contrôle sur les institutions tunisiennes, tandis que ses adversaires dénoncent une réduction des espaces politiques et des libertés publiques.

L’Algérie considère de son côté la stabilité de son voisin comme un intérêt stratégique majeur. Les liens sécuritaires entre les deux pays se sont ainsi renforcés au fil des dernières années.

La lettre ne demande donc pas une rupture avec Tunis. Elle réclame plutôt une clarification de la position algérienne : soutenir la Tunisie et sa stabilité, oui, mais sans apporter, selon ses auteurs, un soutien politique au pouvoir de Kaïs Saïed.

La réaction du chef d’État algérien Tebboune sera désormais particulièrement observée. Cette interpellation publique pourrait en effet relancer le débat sur le rôle d’Alger dans la crise politique tunisienne et sur l’équilibre entre solidarité régionale et respect des aspirations politiques des Tunisiens.

Source : Journal du dimanche Tunisie

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