Le tribunal administratif de Bir Mourad Raïs a prononcé la dissolution du Conseil national autonome du personnel enseignant des trois cycles de l’Éducation (CNAPESTE), l’un des principaux syndicats du secteur de l’éducation en Algérie. Cette décision intervient plusieurs mois après l’ouverture d’une procédure judiciaire engagée par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale.
La procédure de dissolution avait été introduite le 9 mars 2026 devant la juridiction administrative. Le ministère du Travail reprochait notamment au syndicat le non-respect des dispositions de la loi n° 23-02 relative à l’exercice du droit syndical, une absence de représentation conforme aux nouvelles exigences légales ainsi que le non-respect de certaines décisions de justice.
Le CNAPESTE avait rejeté l’ensemble de ces griefs, affirmant avoir satisfait à toutes les obligations prévues par la législation. Dans plusieurs communiqués publiés au cours des derniers mois, l’organisation syndicale avait dénoncé une procédure qu’elle jugeait « illégale » et motivée par une volonté de « neutraliser » l’une des organisations syndicales les plus représentatives de l’Éducation nationale.
Un contexte de fortes tensions
La décision de dissolution intervient dans un contexte marqué par des tensions persistantes entre le CNAPESTE et les autorités. Depuis plusieurs mois, le coordinateur national du syndicat, Messaoud Boudiba, ainsi que plusieurs responsables syndicaux, ont fait l’objet de poursuites judiciaires et de procédures disciplinaires à la suite de rassemblements et de mouvements de protestation organisés dans plusieurs wilayas pour dénoncer les conditions de travail des enseignants et défendre des revendications socioprofessionnelles.
Le syndicat avait également dénoncé ce qu’il considérait comme des pressions administratives visant son coordinateur national, notamment une tentative de mise à la retraite qu’il qualifiait de « forcée » et d’ingérence dans son fonctionnement interne.
Des réactions attendues
Lors de l’annonce de la procédure de dissolution en avril dernier, le CNAPESTE avait appelé les enseignants à la mobilisation et sollicité l’intervention du président de la République afin de garantir le respect de la liberté syndicale.
Des formations politiques et plusieurs acteurs de la société civile avaient alors exprimé leur inquiétude face à cette démarche. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) avait notamment estimé que la dissolution d’un syndicat représentatif de l’éducation risquait de fragiliser l’ensemble du mouvement syndical et de porter atteinte aux libertés syndicales.
La décision du tribunal administratif de Bir Mourad Raïs constitue un tournant majeur pour le mouvement syndical algérien. Selon plusieurs observateurs, il s’agit de l’une des mesures les plus importantes prises à l’encontre d’une organisation syndicale nationale depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle législation sur l’exercice du droit syndical.
À l’heure où cet article est publié, le CNAPESTE n’a pas encore annoncé les suites juridiques qu’il entend donner à cette décision, notamment un éventuel recours devant les juridictions compétentes.