Une importante mobilisation a réuni plusieurs milliers de personnes dans les rues de Tunis, samedi 25 juillet, à l’occasion du cinquième anniversaire des mesures exceptionnelles prises par le président Kaïs Saïed en 2021. Dans une capitale confrontée à une vague de chaleur intense et à des coupures répétées d’électricité et d’eau, les manifestants ont exprimé un profond malaise face à la situation économique, aux difficultés du quotidien et à l’évolution du climat politique.
Estimée entre 2 000 et 3 000 participants selon les différentes sources, cette marche a rassemblé des militants de l’opposition mais également de nombreux citoyens venus dénoncer la dégradation de leurs conditions de vie. Au fil du cortège, les slogans ont mêlé critiques du pouvoir, dénonciation de l’inflation, des pénuries et des restrictions touchant les services essentiels.
Pour plusieurs participants, la colère dépasse désormais le seul cadre politique. Les longues interruptions de courant, qui affectent de nombreuses régions depuis plusieurs jours en raison de la forte demande en électricité liée aux températures caniculaires, sont venues accentuer un sentiment d’abandon déjà largement partagé. Les difficultés d’accès à l’eau dans certains quartiers ont également renforcé les frustrations d’une population confrontée à une succession de crises.
Les organisateurs estiment que cette mobilisation reflète un mécontentement de plus en plus large. Si les rassemblements d’opposants sont devenus réguliers depuis 2021, la présence de personnes jusqu’alors peu engagées dans les manifestations est perçue comme le signe d’une exaspération qui s’étend au-delà des cercles militants.
La situation est d’autant plus préoccupante que la vague de chaleur continue de mettre sous pression les infrastructures du pays. Face aux risques sanitaires, des professionnels de santé ont appelé à renforcer les moyens des services d’urgence et à soutenir les hôpitaux confrontés à un afflux de patients victimes de coups de chaleur. Des estimations avancées par des représentants de jeunes médecins font état de nombreux décès liés aux températures extrêmes, sans qu’un bilan officiel n’ait été publié par les autorités.
Sur le plan politique, cette journée revêtait une forte portée symbolique. Le 25 juillet 2021, Kaïs Saïed avait suspendu les activités du Parlement et engagé une profonde transformation des institutions, justifiant cette décision par la nécessité de sortir le pays de la crise politique. Depuis, ses opposants dénoncent un affaiblissement progressif des contre-pouvoirs, tandis que le chef de l’État affirme poursuivre un objectif de lutte contre la corruption et de préservation de la souveraineté nationale.
Au fil des cinq dernières années, plusieurs organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains ont fait état d’un durcissement du climat politique. De nombreuses figures de l’opposition, des avocats, des journalistes, des magistrats et des militants de la société civile ont été arrêtés ou condamnés à des peines de prison dans le cadre de procédures dénoncées par leurs soutiens comme étant à caractère politique. Certains responsables politiques ont également choisi l’exil, estimant ne plus pouvoir exercer librement leurs activités dans le pays.
Cette mobilisation intervient également dans un contexte diplomatique sensible. Les relations entre Tunis et Paris se sont récemment tendues après la diffusion, sur une chaîne française, d’une interview de l’ancien président Moncef Marzouki. Les autorités tunisiennes ont dénoncé ce qu’elles considèrent comme une atteinte à leur souveraineté et ont convoqué l’ambassadrice de France pour faire part de leur mécontentement.
Alors que les difficultés économiques, les perturbations des services essentiels et les tensions politiques continuent de s’accumuler, cette manifestation apparaît comme l’une des plus importantes organisées depuis plusieurs mois. Elle illustre une contestation qui ne se limite plus aux revendications partisanes, mais qui traduit également les inquiétudes d’une partie de la population face à l’évolution de la situation politique, sociale et des libertés publiques en Tunisie.
Sources : Ouest-France, RFI.