Le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune prône le rassemblement, mais Mustapha Benfodil reste interdit de quitter l’Algérie

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Quelques jours seulement après le discours prononcé à Berlin par le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune, le 16 juillet 2026, dans lequel il appelait au rassemblement des Algériens et affirmait tendre la main à ses compatriotes établis à l’étranger, une affaire vient assombrir ce message d’ouverture. Celle du journaliste, écrivain et dramaturge Mustapha Benfodil, empêché de quitter le territoire national après avoir publié un simple compte rendu d’une revue scientifique consacrée au gaz de schiste.

Le 13 juillet 2026, Mustapha Benfodil devait prendre un vol au départ d’Alger pour rejoindre le Festival d’Avignon, l’un des plus importants rendez-vous internationaux dédiés au théâtre et aux arts vivants. Habitué de cet événement auquel il participe depuis 2013, l’écrivain de 57 ans est pourtant refoulé par la Police aux frontières avant même son embarquement. Les agents lui notifient qu’il fait désormais l’objet d’une Interdiction de sortie du territoire national (ISTN), sans qu’aucune décision judiciaire ne lui soit présentée.

Pour comprendre cette mesure, il faut remonter plusieurs mois en arrière.

Le 18 janvier 2026, Mustapha Benfodil est convoqué dans un commissariat de Hydra, dans la banlieue d’Alger. Pendant près de trois heures, il est interrogé au sujet d’un article publié dans les colonnes du quotidien El Watan. Selon le journaliste, les policiers lui reprochent cette publication et lui signifient que s’il continue à écrire sur ce type de sujet, il pourrait ne plus être autorisé à quitter le territoire algérien.

L’article à l’origine de cette audition ne constitue pourtant ni une enquête politique, ni une tribune d’opinion. Il s’agit d’un compte rendu de lecture du numéro 44 de la revue académique Naqd, intitulé Gaz de schiste : risques et enjeux. Cette publication bilingue, en arabe et en français, est réalisée par des universitaires et des chercheurs qui analysent, dans chaque numéro, une grande question de société. Son lectorat reste essentiellement universitaire et relativement limité.

Dans son article, Mustapha Benfodil ne développe aucune analyse personnelle. Il restitue les travaux des différents spécialistes ayant contribué à cette publication. Son texte revient notamment sur les risques environnementaux liés à l’exploitation du gaz de schiste dans le sud algérien, les importantes quantités d’eau et de sable nécessaires à la fracturation hydraulique, les incertitudes quant à la rentabilité économique de cette filière ainsi que les difficultés techniques à transposer en Algérie un modèle largement développé aux États-Unis. À aucun moment, le journaliste n’affirme ces éléments en son nom : il cite les chercheurs et résume leurs analyses.

Le sujet demeure néanmoins sensible en Algérie. Depuis les premières annonces autour de l’exploitation du gaz de schiste, cette question suscite un débat récurrent, notamment en raison des inquiétudes exprimées quant à ses conséquences environnementales et à la préservation des ressources en eau dans les régions sahariennes.

Pour plusieurs observateurs, ce n’est donc pas tant le contenu de la revue Naqd qui aurait attiré l’attention des autorités que sa reprise dans El Watan, quotidien bénéficiant d’une audience nationale bien plus importante que cette publication scientifique à diffusion confidentielle.

Ancien grand reporter, notamment connu pour sa couverture de la guerre en Irak en 2003, Mustapha Benfodil est aujourd’hui davantage reconnu pour son travail d’écrivain, de romancier et de dramaturge. Depuis plusieurs années, il s’est éloigné du journalisme d’investigation, dans un contexte où de nombreux professionnels des médias dénoncent le rétrécissement progressif de l’espace accordé à la presse indépendante en Algérie.

À la suite de sa convocation en janvier, le journaliste affirme avoir choisi de limiter ses publications afin d’éviter de nouvelles pressions. L’affaire est toutefois restée confidentielle jusqu’au 13 juillet, date à laquelle il a été empêché de quitter le pays pour se rendre au Festival d’Avignon.

Le calendrier de cette affaire interpelle. Trois jours après ce refoulement, le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune déclarait, depuis Berlin, vouloir dépasser les divisions et tendre la main aux Algériens vivant à l’étranger. L’interdiction de sortie du territoire visant Mustapha Benfodil, journaliste et homme de culture invité à un événement international, apparaît en décalage avec ce message d’ouverture.

Au-delà de son cas personnel, cette affaire relance le débat sur la liberté de la presse et la place du débat scientifique en Algérie. Le fait qu’un journaliste puisse être convoqué, averti puis empêché de voyager pour avoir simplement relayé les analyses d’universitaires sur un sujet environnemental soulève des interrogations quant aux marges de liberté dont disposent aujourd’hui les professionnels des médias. Elle met également en lumière le contraste entre les appels officiels au rassemblement et la réalité vécue par certains journalistes et intellectuels du pays.

Source : Abdou Semmar.

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