Tunisie : Mourad Zeghidi interpelle Kaïs Saïed et ravive les inquiétudes sur l’état de droit

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Plus de deux ans après son arrestation, le journaliste et chroniqueur franco-tunisien Mourad Zeghidi réclame sa libération. Dans une lettre ouverte adressée au président Kaïs Saïed, il affirme avoir rempli toutes les conditions exigées par la commission de réconciliation pénale mise en place par les autorités tunisiennes et demande que soit mis fin à ce qu’il qualifie d’« injustice juridique et procédurale ».

Publiée par le comité de soutien « Free Mourad Zeghidi » ainsi que par sa famille, cette lettre intervient dans un contexte où les organisations de défense des droits humains dénoncent une intensification de la répression contre les journalistes, les magistrats, les avocats et les opposants politiques en Tunisie.

Arrêté en mai 2024 à la suite de commentaires jugés critiques envers le chef de l’État lors d’interventions médiatiques, Mourad Zeghidi avait d’abord été condamné à huit mois de prison. Alors qu’il devait retrouver la liberté au début de l’année 2025, de nouvelles poursuites ont été engagées contre lui pour des accusations de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale, prolongeant son incarcération.

En mai dernier, la justice tunisienne a confirmé en appel une peine de trois ans et demi de prison. Son avocat conteste fermement les accusations, estimant que des irrégularités fiscales présumées ont été transformées en infractions pénales particulièrement lourdes, sans que les éléments constitutifs des faits reprochés ne soient clairement établis.

Dans son courrier, Mourad Zeghidi rappelle avoir conclu en janvier 2026 un accord avec les services du ministère des Finances et s’être acquitté de l’ensemble des sommes qui lui étaient réclamées. Il s’appuie sur les déclarations récentes de Kaïs Saïed, selon lesquelles les personnes ayant conclu une transaction dans le cadre de la commission de réconciliation pénale devraient pouvoir quitter la prison.

« J’ai réglé l’ensemble des montants dus », écrit le journaliste, appelant le président à appliquer les engagements qu’il a lui-même annoncés. À ses yeux, son maintien en détention ne trouve désormais plus aucune justification.

Cette affaire est devenue emblématique des inquiétudes croissantes concernant la liberté de la presse en Tunisie. Reporters sans frontières dénonce un « acharnement judiciaire » contre Mourad Zeghidi et considère que les procédures engagées à son encontre s’inscrivent dans une stratégie plus large visant les journalistes critiques.

L’affaire Mourad Zeghidi intervient alors que plusieurs autres journalistes font également l’objet de procédures judiciaires. La confirmation récente de la condamnation du journaliste Zied El-Heni à une année de prison, ainsi que celle visant le président de l’Association des magistrats tunisiens, Anas Hmaidi, ont ravivé les critiques concernant le recul de l’État de droit dans le pays. Ces dossiers illustrent une évolution préoccupante de la justice tunisienne, accusée d’être de plus en plus utilisée comme un instrument de pression contre les voix dissidentes. 

La lettre de Mourad Zeghidi intervient ainsi dans un climat de fortes tensions autour des libertés publiques. En sollicitant directement Kaïs Saïed, le journaliste ne réclame pas seulement l’application d’un dispositif de réconciliation voulu par le pouvoir ; il met également en lumière les contradictions d’un système où des engagements présidentiels en faveur de mesures d’apaisement coexistent avec la poursuite de procédures dénoncées par de nombreuses organisations comme politiquement motivées.

Alors que les appels à sa libération se multiplient, l’affaire Mourad Zeghidi est devenue l’un des symboles de la dégradation de la liberté de la presse en Tunisie. Pour ses soutiens, son maintien en détention dépasse désormais son cas personnel et pose une question plus large : celle de la capacité des journalistes tunisiens à exercer librement leur métier dans un contexte de rétrécissement continu de l’espace démocratique.

Source : Le Monde, France 24

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