Algérie : entre revendications identitaires et restrictions des libertés

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La liberté et les droits humains sont des valeurs fondamentales de la dignité humaine et le fondement de toute société stable. La légitimité d’un gouvernement repose sur sa responsabilité de protéger ses citoyens, de garantir leurs droits et d’assurer l’égalité devant la loi. En retour, les citoyens ont des devoirs envers leur nation, notamment le respect des lois et la contribution au bien commun. C’est grâce à cet équilibre entre droits et devoirs que les nations peuvent atteindre la stabilité, la justice et une prospérité durable.

Entretien avec Ali Aït Djoudi, président de l’ONG Riposte Internationale

Ali Aït Djoudi est un militant algérien des droits de l’homme et le président de l’ONG Riposte Internationale , basée en France. Il s’engage depuis des décennies dans la société civile, le syndicalisme et la défense des droits humains, notamment sur les questions relatives aux libertés démocratiques et aux droits culturels et identitaires en Algérie, et plus particulièrement en Kabylie.

Basé en France, le défenseur des droits humains Ali Aït Djoudi, président de l’ONG Riposte Internationale , évoque son parcours militant et la situation actuelle des droits humains, des libertés civiles et des revendications culturelles en Algérie, notamment en Kabylie.

Comment votre militantisme a-t-il commencé ?

Mon engagement a d’abord été culturel avant de s’étendre à la défense des droits humains. Avant les événements d’octobre 1988, j’étais active au sein de la société civile en Kabylie, où je me concentrais sur la culture, l’histoire et la mémoire amazighe. À cette époque, ces questions étaient largement absentes du discours public officiel. Après 1988, j’ai participé à l’ouverture politique et associative. Par la suite, je me suis impliquée dans le militantisme syndical et la défense des droits humains, notamment au sein de la Ligue algérienne des droits de l’homme entre 1989 et 1994.

Comment décririez-vous la situation actuelle des droits de l’homme en Algérie ?

La situation est marquée par un net recul des libertés civiles. La liberté d’expression, d’association et de réunion est de plus en plus restreinte. De nombreux militants, journalistes et défenseurs des droits humains subissent des pressions juridiques, des poursuites ou des restrictions de leurs activités. Depuis le mouvement Hirak de 2019, nous avons constaté un rétrécissement de l’espace civique et un durcissement du climat politique.

Quelle est la situation en Kabylie aujourd’hui ?

La Kabylie s’inscrit dans une longue histoire de mobilisations culturelles et identitaires. Du Printemps berbère de 1980 au Printemps noir de 2001, la région a connu d’importantes manifestations, souvent suivies de répression. Le Printemps noir demeure un souvenir douloureux, et les familles des victimes réclament toujours justice.

Les droits culturels et linguistiques sont-ils respectés en Algérie ?

La reconnaissance du tamazight comme langue nationale et officielle constitue une étape importante, mais sa mise en œuvre demeure limitée. Son enseignement n’est pas encore généralisé, le soutien institutionnel est insuffisant et sa présence dans les médias reste faible.

Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les militants et les journalistes aujourd’hui ?

Le principal défi réside dans le rétrécissement de l’espace civique. Les militants, les journalistes et les défenseurs des droits humains opèrent sous la pression juridique et administrative. Nombre d’entre eux sont contraints à l’exil pour poursuivre leur travail en toute sécurité.

Quel impact cette situation a-t-elle sur la société algérienne ?

Cela crée un climat de peur et d’autocensure. Les citoyens hésitent de plus en plus à s’exprimer ou à participer publiquement. Dans les régions où les revendications identitaires sont fortes, cet impact est encore plus visible.

Quelles sont vos principales demandes aujourd’hui ?

Nous appelons à une véritable transition démocratique. Cela implique l’ouverture de l’espace politique et médiatique, la libération des détenus politiques, l’abrogation des lois restrictives et le rétablissement d’institutions indépendantes, notamment un pouvoir judiciaire indépendant.

Quel rôle les jeunes peuvent-ils jouer dans ce contexte ?

Les jeunes ont joué un rôle central lors du mouvement Hirak de 2019. Ils demeurent une force motrice essentielle du changement, malgré les difficultés économiques et les pressions migratoires.

Quel rôle joue la diaspora ?

La diaspora joue un rôle important dans la documentation des violations des droits de l’homme et le plaidoyer international par le biais de rapports et d’un engagement auprès des institutions mondiales.

Comment réagissez-vous aux accusations selon lesquelles les revendications identitaires menacent l’unité nationale ?

Les revendications culturelles et identitaires ne menacent pas l’unité nationale. Le mouvement culturel amazigh a toujours été pacifique et axé sur la reconnaissance linguistique et culturelle.

Quel message souhaitez-vous laisser ?

Mon message est un message d’espoir. J’appelle à la transparence politique, à la libération des prisonniers politiques et au rétablissement des libertés fondamentales. Je reste convaincu que le changement viendra de la société elle-même, grâce à la persévérance des citoyens et de la jeunesse.

Source : Pressenza international press agency, Philadelphie, États-Unis – Rabah Arkam 

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