La diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant une femme migrante subsaharienne enceinte dénudée et menacée avec un couteau par un jeune Tunisien a provoqué une vive émotion en Tunisie. La scène, tournée dans la région de Thyna, près de Sfax, montre également des menaces de violences sexuelles proférées devant des membres de sa famille.
Authentifiée par un journaliste du média indépendant Nawaat, la vidéo a rapidement suscité de nombreuses réactions. Journalistes, artistes, militants et internautes ont dénoncé des violences visant les migrants subsahariens ainsi que la multiplication des discours haineux sur les réseaux sociaux.
Des migrants confrontés à un sentiment d’insécurité
Plusieurs témoignages font état d’un climat de peur parmi les ressortissants subsahariens vivant en Tunisie. Certains affirment limiter leurs déplacements, craindre les agressions et ne plus savoir vers qui se tourner en cas de problème.
Une migrante ivoirienne installée en Tunisie depuis 2020 estime que la situation s’est dégradée ces dernières années. Elle affirme que de nombreux migrants envisagent désormais de quitter le pays face au sentiment d’insécurité grandissant.
La multiplication des discours hostiles
La diffusion de la vidéo intervient dans un contexte marqué par la circulation de nombreux contenus hostiles aux migrants sur les réseaux sociaux. Des appels à la violence et à l’expulsion des ressortissants subsahariens ont notamment été signalés par plusieurs observateurs.
Le rédacteur en chef de Nawaat, Aymen Rezgui, a rappelé que la Tunisie dispose depuis 2018 d’une loi contre le racisme et la discrimination raciale, tout en regrettant qu’elle soit rarement mobilisée dans ce type d’affaires.
Des déclarations politiques controversées
Plusieurs déclarations de responsables politiques ont également alimenté les débats autour de la question migratoire ces derniers mois.
En avril 2026, le député Tarek Mahdi avait affirmé lors d’une intervention parlementaire qu’« une femme migrante ne peut pas être violée ». En février 2026, la députée Fatma Mseddi avait exprimé ses inquiétudes concernant l’augmentation du nombre d’enfants nés de parents subsahariens et appelé à un meilleur contrôle de la natalité.
Les associations tirent la sonnette d’alarme
Dans un communiqué publié le 5 juin, l’Union des Ivoiriens en Tunisie a fait état de témoignages évoquant des interpellations musclées, des intrusions dans les domiciles, des confiscations de biens personnels, des agressions physiques, des traitements dégradants ainsi que des violences sexuelles.
L’organisation a également dénoncé la multiplication des contrôles visant des ressortissants subsahariens, y compris parmi les personnes en situation régulière et les étudiants.
Plusieurs associations tunisiennes ont également dénoncé la banalisation des crimes racistes et l’impunité dont bénéficieraient leurs auteurs.
La réaction des autorités
Le ministère tunisien de l’Intérieur a annoncé l’identification et l’arrestation des auteurs de la vidéo. Les autorités affirment également que leurs investigations ont montré que les images remonteraient à au moins cinq ans.
Dans un communiqué, le ministère a réaffirmé son engagement à protéger la dignité de toute personne présente sur le territoire tunisien et à appliquer la loi à l’encontre des responsables d’infractions.
Cette réaction n’a toutefois pas mis fin aux critiques de plusieurs militants et défenseurs des droits humains, qui appellent à des mesures plus larges pour lutter contre les violences et les discours racistes visant les migrants subsahariens.
Une situation toujours préoccupante
Entre 20 000 et 25 000 migrants subsahariens se trouveraient actuellement en Tunisie selon les estimations citées. Parallèlement, les autorités poursuivent les programmes de retour volontaire menés avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Croissant-Rouge tunisien.
La diffusion de cette vidéo a relancé les inquiétudes de nombreuses organisations et personnalités concernant la sécurité des migrants subsahariens et la montée des violences dont ils affirment être victimes.
Source : RFI