« Le peuple a faim et les prisons sont pleines. »
Scandé dans les rues de Tunis samedi 16 mai 2026, ce slogan est devenu le symbole d’une colère qui ne cesse de grandir en Tunisie. Des centaines de manifestants se sont rassemblés dans le centre de la capitale pour dénoncer à la fois la dégradation des conditions de vie et la répression politique menée par le pouvoir du président Kaïs Saïed.
Face à une inflation persistante, à la hausse des prix et à un chômage qui touche particulièrement les jeunes, les manifestants ont exprimé un profond sentiment d’abandon. Mais au-delà de la crise économique, cette mobilisation traduisait également une inquiétude croissante concernant l’état des libertés publiques dans le pays. Depuis 2021, date à laquelle Kaïs Saïed a suspendu le Parlement avant de gouverner par décrets, les critiques se multiplient contre une concentration du pouvoir jugée de plus en plus autoritaire.
Au cœur des revendications figurait la question des détenus d’opinion. Durant la manifestation, plusieurs slogans et pancartes dénonçaient l’emprisonnement d’opposants politiques, de journalistes, d’avocats et de militants de la société civile. Ces arrestations, régulièrement justifiées par les autorités au nom de la sûreté de l’État, sont dénoncées par de nombreuses organisations de défense des droits humains qui y voient une instrumentalisation de la justice pour réduire au silence les voix critiques.
Cette vague de répression inquiète d’autant plus qu’elle s’inscrit dans un contexte de recul progressif des libertés publiques en Tunisie. Longtemps présentée comme l’un des rares acquis démocratiques issus des soulèvements de 2011 dans la région, la Tunisie voit aujourd’hui se multiplier les atteintes à la liberté d’expression et les poursuites contre les opposants. La criminalisation des voix dissidentes, qu’elles soient politiques, journalistiques ou militantes, menace directement l’espace démocratique tunisien.
À travers cette mobilisation du 16 mai, les manifestants ont voulu rappeler qu’aucune crise économique ne peut justifier les atteintes aux droits fondamentaux. Le slogan repris dans les rues de Tunis résume cette double réalité : une population confrontée à la précarité, tandis que les prisons se remplissent de celles et ceux qui contestent le pouvoir.
Source : L’Orient-Le Jour