Karim Tabbou, opposant politique algérien et figure emblématique du Hirak, incarne depuis des décennies un engagement constant face à un système politique verrouillé. Fondateur de l’Union démocratique et sociale (UDS), un parti toujours non reconnu par les autorités, il porte un projet de transformation démocratique fondé sur la souveraineté populaire et le respect des droits fondamentaux.
Son engagement prend racine dès les années 1990. Titulaire du baccalauréat en 1992, au moment où l’Algérie bascule dans une crise politique majeure marquée par la violence, il s’investit activement dans le mouvement étudiant. À l’université, il forge ses premières armes militantes, s’impliquant dans les luttes syndicales et développant des capacités d’organisation et de mobilisation. Lors du boycott scolaire de 1994-1995, en faveur de la reconnaissance de l’identité et de la langue amazighes, il participe activement au Mouvement culturel berbère.
Au début des années 2000, lors du Printemps noir, il adopte des positions claires en faveur de la mobilisation citoyenne, dans un contexte marqué par de fortes tensions et des tentatives de récupération politique. Son engagement politique se consolide par la suite : en 2007 est élu au au poste de premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS), fonction qu’il occupe durant deux mandats. En février 2008, il échappe à une tentative d’attentat dans la région de Tadmait, un épisode révélateur des risques auxquels il est exposé.
Après une crise interne, il quitte le FFS en 2011, puis fonde en 2013 l’Union démocratique et sociale, un projet politique toujours refusé par les autorités, révélant les restrictions imposées au pluralisme en Algérie. Il exercera en 2012 un mandat de député durant quatre années.
Avec le Hirak, en février 2019, Karim Tabbou s’impose comme l’une des voix les plus audibles du mouvement. Par ses prises de position et sa capacité à porter les revendications populaires, il devient rapidement une cible du pouvoir. Le 11 septembre 2019, il est arrêté à son domicile pour « atteinte au moral des armées ». Cette arrestation provoque une vive réaction : dès le lendemain, le 12 septembre 2019, Riposte Internationale appelle à un rassemblement devant l’ambassade d’Algérie pour dénoncer sa détention ainsi que celle de dizaines de militants et militantes arrêtés, et exiger leur libération immédiate et inconditionnelle.
Libéré provisoirement le 25 septembre 2019, il est immédiatement de nouveau arrêté et poursuivi pour « incitation à commettre des actes de violence » et « atteinte à l’unité nationale », sur la base de vidéos diffusées en ligne. Le 4 mars 2020, devant la justice, il témoigne avoir été torturé et mis en isolement déclarant qu’il a été « frappé, insulté, humilié » lors de son arrestation et d’un interrogatoire à la caserne Antar à Alger. Son procès, tenu le 11 mars 2020, aboutit à une condamnation à 12 mois de prison, dont six avec sursis, pour « atteinte à l’unité nationale ». Le 24 mars 2020, la cour d’appel alourdit sa peine à un an de prison ferme, dans des conditions dénoncées comme abject plusieurs ONG de défenses des Droits Humains.
En avril 2021, les autorités algériennes arrêtent de nouveau Karim Tabbou, cette fois dans une affaire portée contre lui par le chef du Conseil national des droits de l’homme, Bouzid Lazhari, qui l’accuse d’« insulte et de calomnie ». Tabbou avait précédemment appelé au boycott des élections et déclaré : « Le mouvement pour la démocratie en Algérie continuera d’être présent dans les rues malgré l’appareil répressif et les manœuvres du régime. » Cette arrestation illustre que le pouvoir algérien cherche toujours à museler les voix critiques, même plusieurs années après le lancement du Hirak.
Karim Tabbou est sous un embargo permanent sur sa liberté d’expression et d’action. Depuis mai 2023, il est placé sous un contrôle judiciaire strict, c’est une véritable mise au tombeau dont il fait l’objet : obligation de se présenter chaque semaine dans une caserne militaire, interdiction de quitter le territoire, confiscation de son passeport et interdiction de toute activité politique ou médiatique. Il fait également l’objet d’une surveillance policière constante et sa voiture a été à plusieurs reprises vandalisée. En août 2024, ces restrictions sont renforcées, l’empêchant désormais de s’exprimer dans les médias ou sur les réseaux sociaux.
Son cas symbolise le climat général de répression du Hirak : militants, journalistes et citoyens pacifiques sont poursuivis et emprisonnés pour avoir exercé leurs droits fondamentaux. Les ONG de défense des droits humains signalent que plusieurs centaines de militants sont toujours détenus ou harcelés, et que les arrestations et perquisitions se poursuivent.