De rappeur à Prisonnier: quand les paroles menent derière les Barreaux- le cas de Souhaib Qabli (Maroc)

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Le rappeur Souhaib Qabli, connu sous le nom de « Al Hassel » , jeune étudiant de 20 ans originaire de Taza, est aujourd’hui incarcéré à la suite d’une affaire qui dépasse largement le cadre artistique et soulève de sérieuses préoccupations en matière de respect des droits fondamentaux. Tout commence  le 2 mars 2026, lorsqu’il est interpellé à Fès par la police judiciaire, après une convocation. Il est immédiatement placé en garde à vue, avant d’être transféré le 4 mars devant le procureur du roi à Taza. Les poursuites engagées contre lui portent sur plusieurs chefs d’accusations: “ outrage à des fonctionnaires publics dans l’exercice de leurs fonctions”, “outrage à une institution organisée”, “outrage à une institution constitutionnelle”, ainsi que “diffusion et distribution d’allégations ou de faits jugés faux” à travers les réseaux sociaux. 

Ces accusations sont liées à des chansons, vidéos et publications diffusées en ligne, dans lesquelles il exprime des opinions critiques sur la situation sociale et politique. En effet,  les textes du rappeur abordent en effet des thématiques sensibles telles que la corruption, les inégalités sociales, mais surtout la normalisation des relations entre le Maroc et Israël en 2020.

Le maintien en détention tout au long de la procédure, malgré l’absence de faits violents et le caractère expressif des contenus en cause, soulève des interrogations quant au respect du principe de proportionnalité. Les audiences des 12 et 19 mars 2026 ont été reportées, et les demandes de mise en liberté provisoire ont été systématiquement rejetées, prolongeant ainsi sa privation de liberté.

Le 26 mars 2026, après plus de dix heures d’audience, le tribunal rend son verdict. S’il est acquitté de certaines accusations, notamment l’outrage à des fonctionnaires publics et la diffusion de fausses informations portant atteinte à la vie privée, il est néanmoins condamné à 8 mois de prison ferme et à une amende de 1000 dirhams pour le reste des faits. Cette condamnation, fondée sur des expressions artistiques et des prises de position, apparaît préoccupante au regard du droit à la liberté d’expression.

Depuis son arrestation, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer cette situation. Une mobilisation s’est tenue le 4 mars 2026 devant le tribunal de Taza, rassemblant des proches, des militants et des citoyens. Sur les réseaux sociaux, des campagnes telles que « #الفن_ليس_جريمة » (« l’art n’est pas un crime ») mettent en lumière les inquiétudes liées à la criminalisation de l’expression artistique. Aujourd’hui, Souhaib Qabli demeure incarcéré, tandis que sa défense a annoncé son intention de faire appel. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large marqué par des poursuites visant des artistes et des créateurs de contenu pour leurs expressions en ligne. Elle soulève des préoccupations sérieuses quant au respect de la liberté d’expression et à la protection des droits fondamentaux.

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