Saadia Mosbah est une militante tunisienne engagée contre le racisme et présidente de l’association M’nemty (« Mon rêve »). Figure importante de la période post-révolutionnaire ayant suivi la chute du régime de Zine Ben Ali, elle s’est imposée comme une voix majeure de la défense des droits humains en Tunisie.
Victime de discrimination raciale dans sa carrière d’hôtesse de l’air, elle s’est engagée contre le racisme, notamment envers les personnes noires en Tunisie. Son action a contribué à l’adoption en 2018 d’une loi historique criminalisant les discriminations raciales, une première dans le Maghreb.
Cependant, depuis le renforcement du pouvoir du président Kaïs Saïed, le climat politique s’est fortement durci. Rappelons qu’en février 2023, ce dernier a tenu des propos racistes sur les migrants d’Afrique subsaharienne, évoquant un « plan criminel pour changer la composition démographique » du pays et dénonçant des « hordes de migrants clandestins », qu’il associait à l’insécurité. Ces déclarations n’ont fait qu’alimenter un climat de xénophobie et de violences racistes dans le pays.
Dans ce contexte, Saadia Mosbah, engagée notamment en faveur des migrants, a été arrêtée le 6 mai 2024. Elle est poursuivie pour blanchiment d’argent, enrichissement illicite et association criminelle en lien avec les activités de son association. Malgré un rapport attestant de la transparence de ses financements, elle a été maintenue en détention pendant près de deux ans.
Le 19 mars 2026, elle est condamnée à huit ans de prison et à une lourde amende. Ses avocats dénoncent un procès sans preuves et politiquement motivé. Saadia Mosbah n’est pas la seule à avoir fait les frais du pouvoir tunisien. En effet, rappelons le cas de Sonia Dahmani, qui elle aussi a été emprisonnée pour son combat pour la défense des immigrés Subsahariens.
Ces affaires s’inscrivent dans une politique plus large du gouvernement tunisien marquée par une répression croissante de la société civile. Celle-ci se traduit par des poursuites judiciaires contre des militants et défenseurs des droits humains. Ces pratiques visent à faire taire les voix critiques et à affaiblir les acteurs associatifs indépendants, dans un contexte de durcissement autoritaire du régime.